Dans l'ombre du Président de la République disparaissent nombre de ses proches collaborateurs. Mais aussi, nombre de ses proches — tout court.
Pourtant, le père du Président aura sa part de lumière, du 26 juin au 12 juillet prochain à Madrid, révèle le magazine Point de Vue, à l'occasion de l'exposition de 35 de ses toiles à la veine surréaliste. Car si Nicolas Sarkozy est un maître de la rhétorique, Pal Sarkozy de Nagy-Bocsa est un maître — tout court.
Il a d'ailleurs réalisé un portrait de son fils au lendemain de son élection, et raconte sa démarche : "Je lui ai demandé 'Nicolas chéri, cela t'embête si je te dessine comme ceci ou comme cela. J'ai représenté l'Elysée. En bas, il y a Bush et Poutine. Il y a ses frères et sa mère...' Et la Tour de Pise, c'est le rêve de toucher le ciel. Nicolas est arrivé tout en haut."
A 80 ans, le "merveilleux dessinateur, condottiere conquérant", selon les mots du célèbre commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr, renoue avec ses premières amours : l'art pictural. S'il a, en l'espace de presque six décennies, indiscutablement changé de style, passant d'un dessin naturaliste à des réalisations surréalistes à l'imaginaire débridé, l'inquiétude du débutant est toujours présente, augmentée d'un soupçon de nostalgie.
Eloigné de sa passion par les aléas de la vie et une biographie si riche qu'il s'y perd lui-même, ce "bohémien" — dixit sa galeriste — octogénaire se souvient : "Le dessin ne m'a jamais quitté. En arrivant à Paris [au terme de plusieurs années d'un exil quasi romanesque, NDLR], je m'étais inscrit à l'Académie de la Grande-Chaumière pour étudier le nu. Puis j'ai commencé à gagner de l'argent en devenant portraitiste mondain. Je faisais les portraits de ces dames... Je me suis marié, et je n'y croyais plus vraiment, alors je suis rentré chez László Fircsa, un publicitaire très connu, et ensuite dans l'industrie cotonnière chez Boussac. A 28 ans, j'ai ouvert ma propre affaire, le Studio Sarkozy. J'ai mis alors de côté la création pour les antirides solaires et les crèmes amincissantes."
Mais chassez le naturel... Tout ce que regrette aujourd'hui Pal Sarkozy, dans son regain de création, c'est que la notoriété de son fils vole la vedette à l'intérêt pour les toiles qu'il a réalisées avec son ami l'Allemand Werner Hornung (lui au dessin, et ce dernier au collage numérique) : "C'est de la pure folie. C'est aussi effrayant tous ces livres écrits sur Nicolas, près de quatre-vingts. Je crois que l'on va avoir bien du mal à parler de peinture. Avec mon ami Werner, nous aimerions tout de même recueillir une opinion sur nos oeuvres... bonne ou mauvaise, je m'en fiche, mais une critique de nos toiles !"
Y a-t-il une solution ? "Je vais changer de nom, hasarde-t-il avec son humour habituel... Ou bien non, c'est mon fils qui doit le faire !"






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