Soeur Emmanuelle, née Madeleine Cinquin, est décédée "dans son sommeil", dans la nuit de dimanche à lundi, dans la maison de retraite de Callian dans le Var. Celle qui a voué son existence aux plus démunis allait célébrer ses 100 ans le 16 novembre prochain. A cette occasion, la religieuse franco-belge souhaitait profiter de son grand âge pour véhiculer encore une fois son message d'espoir. Elle s'était alors confiée aux auteurs Annabelle Cayrol et Jacques Duquesne dans un ouvrage intitulé J'ai 100 ans et je voudrais vous dire (1), sorti en août dernier. Sous forme d'interview, elle raconte son expérience de la vie, ses rencontres et la motivation qui l'anime.
Soeur Emmanuelle est surtout connue pour son engagement auprès des plus pauvres. Elle a mené une action longue de plus de 20 ans au Caire, en Egypte. Elle a également été présente au Burkina Faso, en Inde, au Liban, aux Philippines, en Turquie,... A l'instar de Mère Teresa et de l'Abbé Pierre, son "ami" et "maître à penser", elle n'a jamais cessé, avec ses moyens, d'encourager la société à plus de solidarité.
Revenons sur le parcours de cette "servante de Dieu" qui n'a jamais hésité à médiatiser ses combats.
En 1931, elle a 23 ans lorsqu'elle prononce ses voeux à la congrégation Notre-Dame de Sion. Et c'est dès l'année suivante qu'elle part en mission d'abord à Istanbul en Turquie, où elle enseigne les lettres dans un lycée. Elle séjourne ensuite en Tunisie puis en Egypte, pays pour lequel elle a le coup de foudre. Mais c'est à 62 ans, en 1971 qu'elle reçoit l'autorisation - de sa congrégation - de partager le quotidien des chiffonniers du Caire. Elle s'installe alors dans une cabane du bidonville d'Ezbet El-Nakhl et commence son action de solidarité. Et pour y parvenir, elle se met en quête de fonds. Elle se rend donc aux Etats-Unis et en Europe et alerte les politiques sur les besoins urgent de logements, d'écoles, de dispensaires. Elle n'hésite pas non plus à parler des problèmes d'une société "axé(e) sur le matériel". Parce que Soeur Emmanuelle, c'est aussi un personnage au caractère bien trempé qui n'a pas sa langue dans sa poche. En effet, elle explique notamment qu'elle est en faveur du mariage des prêtres et confie que la pilule contraceptive a quelques vertus ! Des prises de position qui sont loin d'être anodines dans le milieu clérical.
En 1993, sa congrégation la rappelle et elle doit quitter le Caire alors qu'elle aurait voulu y mourir. Elle se résigne à partir tout en sachant que vers d'autres horizons, il y a d'autres combats. En France, par exemple, c'est aux SDF mais aussi aux sans-papiers à qui elle tend la main.
L'annonce de son décès suscite l'émotion de toute part, et notamment au Vatican. "Son témoignage a montré comment la charité chrétienne réussit à aller au-delà des différences de nationalité, de race, de confession religieuse" a déclaré le porte-parole du Vatican. Et d'ajouter : "Son engagement efficace dépassait les frontières, comme Mère Teresa de Calcutta."
"Conformément à sa volonté, ses obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité. Une messe à sa mémoire sera célébrée prochainement à Paris" explique le communiqué de presse d'Asmae-Association Soeur Emmanuelle (créé en 1980 par la religieuse).
"Tant que je peux marcher et être utile, je marche ; le jour où je tomberai et bien quelqu'un d'autre prendra ma place et continuera le mouvement." Soeur Emmanuelle
(1) J'ai 100 ans et je voudrais vous dire d'Annabelle Cayrol et Jacques Duquesne aux éditions Plon.
























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