Ingrid Betancourt est de moins en moins là où on l'attendait. Au moment de sa libération, de nombreuses associations, voire des partis ou des personnalités politiques, avaient tenté un rapprochement, espérant tirer tout le profit possible de l'éventuel soutien de l'otage-martyre des Farc.
Cependant, personne n'avait mesuré l'impact réel que six années de détention avaient pu avoir sur la personnalité d'Ingrid Betancourt. Six années d'humiliation, de souffrance, de désespoir, d'espoir, surtout, un espoir porté par la foi. Une foi qui a sans doute permis à Ingrid Betancourt de tenir, malgré les privations et les mauvais traitements.
Alors, après le tapage médiatique qui a suivi sa libération, en juillet dernier, c'est un mélange de silence troublant et de dissonances qui s'est installé. Comme le rapporte Le Journal du Dimanche, les partisans d'Ingrid Betancourt, regroupés au sein de différentes associations, sont moins que jamais en mesure de s'accorder. Ils ne comprennent pas la peopolisation (Ingrid Betancourt a multiplié les apparitions officielles, comme lors de la remise des prix Prince des Asturies, ou lorsqu'elle a été nommée Citoyenne d'honneur de la ville de Florence), les attitudes inexplicables (elle a refusé de rencontrer son amie l'ex-otage des Farc Clara Rojas) et, surtout le mysticisme. Parmi des militants plutôt bouffeurs de curés, ce virage passe mal.
Mais Ingrid Betancourt semble bien au-dessus de tout ce petit remue-ménage médiatique et a déclaré qu'elle ne peut plus "incarner le sort des séquestrés", même si elle va renouveler son appel afin de convanicre les Farc de libérer leurs otages avant Noël (elle a même invité Barack Obama à rejoindre le mouvement).
On peut discerner derrière tout cela un désir ne pas être manipluée par quelque organisation que ce soit. Ingrid Betancourt ne reviendra pas à la politique, ni dans son pays, la Colombie, ni ailleurs. Selon son amie Anne-Colombe de la Taille, elle "se sent un devoir de parler au nom des sans-voix". Elle voudrait aider Aung San Suu Kyi, l'opposante birmane. Elle a rassemblé autour d'elle un premier cercle constitué uniquement de femmes, dont sa sœur Astrid et sa mère, Yolanda Pulecio, qui, chaque matin, pendant tout le temps de la détention de sa fille, s'est levée à 4 heures pour se rendre à la radio à Bogota et lui adresser un message.
C'est d'ailleurs chez sa mère, note le JDD, qu'Ingrid vit, à Paris, menant une "existence normale", faisant "ses courses et son ménage". Quant à son mari, Juan Carlos Lecompte, resté en Colombie, il a déclaré : "Son amour pour moi pourrait avoir pris fin dans la jungle."
Très croyante, le chapelet souvent à la main, Ingrid fréquente assidûment la Bible, parle de sa "confiance très forte en Dieu et en la Vierge Marie". Elle se prépare à une retraite spirituelle de six mois, au cours de laquelle elle a l'intention d'écrire.
Six ans coupée du monde, six ans de séparation d'avec ceux qui lui étaient chers, six ans à échapper à la maladie et à la mort, c'est un voyage initiatique sans précédent.
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