Elle a inspiré "Le diable s'habille en Prada". Rédactrice en chef de Vogue USA, elle est redoutée, haïe, enviée. Canal+ lui consacre une soirée spéciale...
Anna Wintour : ce nom ne vous dit rien. C'est que vous n'avez jamais eu affaire à elle ou alors, vous n'avez pas vu Le Diable s'habille en Prada, adapté du roman éponyme de Lauren Weisberger : la terrible Miranda Priestly, interprétée à l'écran par Meryl Streep, c'est elle...
A ceux qui crieraient à la caricature, il est bon de préciser que le personnage recréé par l'auteure — ancienne assistante personnelle d'Anna Wintour — relève davantage du portrait fidèle que de la vendetta personnelle.
Anna Wintour, rédactrice en chef de l'édition américaine du magazine Vogue depuis 1988, est unanimement considérée comme « la femme la plus puissante du monde de la mode ». Son jugement fait et défait le sort de tous les créateurs. Sa majesté Karl Lagerfeld en personne adopte des manières de courtisan et une déférence tout à fait inédite en sa présence. Grande prêtresse tyrannique, celle qui préside aux destinées de tous les créateurs est pourtant moins médiatisée que sa légende. Son style est inimitable, indécemment figé depuis 1963 : coupe au carré et tailleur au genou, goût prononcé pour les fourrures, et régulièrement parée de lunettes noires lors des défilés, afin de dissimuler des problèmes de vue héréditaires.
Née en 1949 d'un père journaliste et d'une mère prof de droit, Anna Wintour a très rapidement déterminé l'objectif de son existence : devenir rédactrice en chef de Vogue. Elle adopte la coupe au carré à 14 ans, abandonne les cours - y compris de mode - à 15, arguant crânement que « la mode ne s'apprend pas », et débute dans le journalisme de mode à 21 ans. Elle forge ses armes au célèbre Harper's Bazaar, qui vient de fusionner avec Queen pour devenir Harper's & Queen. Elle le quitte 5 ans plus tard en raison d'un désaccord avec le nouveau rédacteur en chef et rejoint l'édition américaine d'Harper's Bazaar. Nouveau clash : ses photos innovantes créent des tensions avec son rédacteur en chef du moment, qui la licencie au bout de 9 mois. Elle devient ensuite « son propre chef » : rédactrice en chef de Savvy en 1980 et du magazine New York l'année suivante. L'accumulation des articles et des photos de mode qu'elle a produits jusque là commencent à attirer l'attention. Elle devient la protégée de l'éditeur Edward Kosner, qui lui permet quelques entorses à des règles qu'elle estime trop strictes : elle est notamment à l'origine de la présence à la Une de célébrités, qui dopent les ventes. Peu après, une amie lui arrange un entretien avec la rédactrice en chef de Vogue. Entretien rapidement écourté : elle déclare à son interlocutrice vouloir lui prendre sa place ! Entrée au poste de directrice de création chez l'éditeur Condé Nast en 1983, elle parviendra à ses fins en 1988 et le magazine prendra alors une orientation beaucoup plus "fashion". Elle a, au cours de sa carrière, hérité d'un certain nombre de surnoms suggestifs, dont « Nuclear Wintour ». Elle est toutefois considérée comme « une pro, incorruptible, fidèle et loyale », selon les termes de l'ancien bras droit de Christian Lacroix, Jean-Jacques Picart. Il faut dire qu'elle avait, pour son premier numéro à la tête de Vogue, mis en couverture une pièce maîtresse de la première collection du couturier français ! La loyauté est bilatérale...
Elle œuvre pour la mode et a créé un fonds de soutien dont plusieurs créateurs prometteurs ont bénéficié. Pour elle, « il est du devoir d’un pays et notamment de ses politiciens de mettre en valeur les talents émergents. C’est une richesse. Une photo de mode en dit parfois plus long sur une société que les titres des journaux », déclarait-elle au Guardian.
Glaciale, mais ne manquant pas de panache, Anna Wintour a assisté, en 2006, à la première du Diable. Elle était vêtue de Prada, forcément. Et le croirez-vous, elle a trouvé le film « vraiment divertissant », et Meryl Streep exceptionnelle...
Soirée "La griffe du diable" samedi à 20 H 50 sur Canal+. Le film avec meryl Streep et Anne Hathaway sera suivi de"La vraie vie d'Anna", documentaire de Loïc Prigent. A ne pas rater.







































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