Trois parmi les principaux news magazines français - L'Express, Le Point, Le Nouvel Observateur - paraissent simultanément avec une couverture consacrée à Nicolas Sarkozy. Rien de très exceptionnel... Mais cette fois-ci, le chef de l' Etat est la cible de propos d' une rare virulence...
Elu en sa qualité de héraut du pouvoir d'achat, affublé de la cape d'un Super Réformateur, Nicolas Sarkozy semble payer aujourd'hui, on le sait par le biais des sondages, l'étalage de sa vie privée. Et l' ensemble des news magazines, dont l'un d'entre eux considère que sa "désinvolture est perçue comme insultante", se chargent, cette semaine, d'enfoncer le clou. De son côté, pour la première fois, le chef de l'Etat a assigné en justice un site d' informations, celui du Nouvel Observateur, suite à l' épisode d' un supposé texto qu'il aurait adressé à son ex-épouse, Cécilia Ciganer-Albéniz (lire ici).
Si le président a parfois confié qu' il appréciait peu les journalistes, il semble que ceux-ci, par le biais de quelques articles dont nous vous proposons un condensé, n'hésitent plus à tremper leur plume dans le curare.
La déception (L'Express)
C'est un peu comme au football, lorsque l'on attend vainement les prouesses d'un attaquant acheté à coups de millions. Sauf qu'ici, il s'agit de millions de suffrages : L'Express se penche sur la confiance trahie des Français, tentant d'expliquer « pourquoi ils le lâchent ». Focalisant ses analyses sur l'impasse économique et la relative inefficacité politique, le magazine n'en oublie pas moins de ressasser la question à l'origine du désamour des Français : « fait-il président, cet homme qu'une partie de son électorat n'attendait pas dans le rôle de mari d'une mannequin devenue chanteuse ? Fait-il président, cet homme qui, alors qu'il discute avec des membres de sa délégation (...), demande que l'on monte le son des petits baffles installés dans son avion ? » Fait-il président, cet homme qui « a fondé tout son discours sur le mérite et s'affiche avec ceux qui incarnent la réussite, et la réussite facile de préférence » ? L'Express, publiant le dernier baromètre BVA (45% d'opinions favorables pour le Président, 48% d'opinions défavorables), pointe la spectacularisation du style présidentiel. Ses relations avec l'opinion ne sont « jamais médianes, mais toujours dans l'extrême ».
Ce qui cloche (Le Point)
Le Point entreprend de dresser un panorama des dysfonctionnements qui grèvent l'image et la popularité du président, et s'interroge sur la façon dont cet « as de la com » pourra rebondir. Pour la rédaction du Point, Nicolas Sarkozy arbore une zenitude affectée, même lorsqu'il confie : « je sais que je ne remonterai pas tout de suite. Mais j'ai cinq ans pour réussir. » Un portrait de personnage « orgueilleux » qui choisit de « positiver », pour « au moins réussir à terminer son mandat en ayant conquis ses galons de réformiste ».
L'hebdo prête la parole à de nombreux intervenants pour construire une analyse exhaustive de la situation. Jean-Marc Lech, patron d'Ipsos, impute la perte de confiance des Français à la « coïncidence entre l'absence de résultats et l'étalage de la vie privée » : selon lui, le récent mariage people du président n'est rien de plus qu'un « garrot au-dessus du saignement ». Le Président choque et inquiète, ce que l'opinion ressent comme du nombrilisme engendre un début de lynchage : Jean-François Kahn estime que, pour désamorcer la crise, « Narcisse doit s'éloigner de son miroir ».
Anna Bitton, auteure d'un récent brûlot sur Cécilia Sarkozy, rapporte des propos d'élus, particulièrement explicites : « On le voulait décomplexé et il apparaît désinvolte ! », « Il a été élu pour s'occuper de nous et il s'occupe de lui ». La journaliste fait encore état du désarroi d'une sarkozyste historique : « Il divorce en octobre en larmes et se remarie en février avec le sourire, les gens le soupçonnent d'insincérité. Il offre la même bague à Carla et à Cécilia... Si vous saviez combien de fois on me l'a ressorti ! Les gens veulent un peu de décence et de discrétion. Qu'est-ce qu'il me déçoit, là-dessus ! Son talon d'Achille, ce sont les femmes ! », avance-t-elle.
Le président qui fait pschitt... (Le Nouvel Observateur)
En couverture, point de portrait d'un homme en pleine concentration face à la tourmente, comme ses deux confrères. Le Nouvel Obs publie, lui, une photo de Carla Bruni et Nicolas Sarkozy tournant le dos à la France.
Le Point donnait dans le style familier, avec « ce qui cloche », tel un écho à la familiarité dont est taxé Nicolas Sarkozy. Le Nouvel Obs va plus loin, avec un titre qui évoque le Coca-Cola éventé : Le président qui fait pschitt... A l'intérieur, la tendresse n'est pas de mise, et notamment l'entrée en matière : « L'homme et son style sont rejetés. Son "j'assume" qui l'a longtemps différencié des faux-culs est devenu synonyme de "je vous emmerde". »
Le Nouvel Obs estime que « depuis un mois, Sarkozy décroche brutalement » et rappelle que ce dernier avait « prévu » d'être impopulaire « au plus tard au printemps 2008 ». Constat sans appel : « Il a été élu pour s'occuper des problèmes des Français. Aujourd'hui, le problème c'est lui. »
Pas de circonstances atténuantes : Sarkozy semble incapable de résister à un objectif d'appareil photo, et enchaîne les « longues séquences médiatiques » pour noyer les coups politiques (p.ex., l'excursion à Disneyland au lendemain de la visite du colonel Khadafi).
L'hebdo juxtapose les points de vue de « ces Français qui voulaient y croire », donnant la parole aux déçus du sarkozysme de tous âges et conditions sociales : « Ce président manque de tenue, non ? », « Il se sert avant de servir les autres », etc.
Jacques Julliard, dans sa traditionnelle chronique, conçoit que « la France aime bien Johnny, mais elle n'a pas élu un rocker à la tête de l'Etat. »
Boris Cyrulnik, psychiatre spécialiste de la résilience, analyseainsi la dégringolade de la cote de popularité du chef de l'Etat : « Parmi tous les candidats, le contexte historique sélectionne celui ou celle qui met en scène la comédie qui nous donne le plus de plaisir. Tous les héros ainsi « sélectionnés » n'ont pas la même espérance de vie. (...) On l'aime, ce jeune président sympa qui parle peuple, marche banlieue en roulant des épaules, drague de jolies filles et fréquente des copains qui ont de beaux bateaux. C'est comme ça qu'on est, nous les Français. »








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