Le cinéaste américain Sydney Pollack, une des légendes d’Hollywood, est décédé cette nuit des suites d’un cancer, à l’âge de 73 ans. Comédien, réalisateur et producteur, il était apparu au générique d’une cinquantaine de films dont des chefs d’œuvres comme Jeremiah Johnson, Les trois jours du Condor, Tootsie, Out of Africa ou Eyes Wide Shut.
Sydney Pollack est né le 1er juillet 1934 à Lafayette, dans l’Indiana, de parents juifs immigrés russes. Ses parents divorcent alors qu’il est encore jeune et sa mère, alcoolique, décédera à l’âge de 37 ans, alors que Sydney est encore étudiant à la Neighborhood Playhouse, à New York. D’abord acteur, il débute sa carrière de metteur en scène dans les années 60 en dirigeant quelques épisodes de la série à succès
Le Fugitif (dont une adaptation cinématographique cartonnera en 1993 avec
Harrison Ford), puis en travaillant sur
Alfred Hitchcock Presents.
Il passe au cinéma dès 1965 en réalisant
Trente minutes de sursis. Suivent quelques autres films sur lesquels il se fait la main, notamment
Propriété interdite (1966), qui sera la première de ses sept collaborations avec
Robert Redford, avant de diriger coup sur coup trois films avec Burt Lancaster. Il signe en 1970, son premier chef d’œuvre,
On achève bien les chevaux, qui lui vaudra sa première nomination aux Oscars.
L’année suivante, il enchaîne avec un western épuré et novateur,
Jeremiah Johnson, dans lequel il dirige son acteur fétiche : Robert Redford, et monte les marches en sélection officielle lors du 26e Festival de Cannes. Les deux hommes se retrouvent trois ans plus tard pour
Nos plus belles années, aux côtés de
Barbra Streisand, pour une comédie sentimentale nostalgique.
En 1975, il associe les deux stars les plus glamour du moment, Robert Redford et
Faye Dunaway, pour
Les trois jours du Condor, un grand film d’espionnage qui connaîtra un succès international.
Aux débuts des années 80, il change de registre et s’attaque à la comédie avec
Tootsie, dans lequel un comédien se travestit afin d’avoir un rôle dans un soap opera. Le film qui met en scène
Dustin Hoffman, Jessica Lange,
Bill Murray et Pollack lui-même, devient vite culte et lui vaut sa deuxième nomination aux Oscars.
Trois ans plus tard, il retrouve Robert Redford et signe son chef d’œuvre,
Out of Africa, avec
Meryl Streep, qui connaîtra un succès monumental, notamment à la soirée des Oscars où le film raflera sept statuettes, dont celle du meilleur réalisateur pour Pollack.
Après cinq années sans tourner, Sydney Pollack revient à la réalisation avec
Havana, un film sur l’univers du jeu pour lequel il retrouve… Robert Redford. Deux ans plus tard, il adapte le roman de John Grisham,
La Firme, et s’entoure d’un des plus beaux castings qu’on puisse imaginer :
Tom Cruise, Jeanne Tripplehorn,
Gene Hackman, Hal Holbrook,
Ed Harris,
Holly Hunter, Gary Busey, David Strathairn et Paul Sorvino.
Durant les années 90, l’inspiration ne semble plus être aussi intense qu’à ses débuts, et il reviendra plus naturellement vers le jeu d’acteur. On le verra notamment dans
Maris et Femmes, de
Woody Allen, et dans
Eyes Wide Shut, de son ami Stanley Kubrick, pour lequel il remplace
Harvey Keitel au pied levé, après que ce dernier ait subitement quitter le tournage pour « divergences artistiques » avec le réalisateur d’
Orange Mécanique. On a pu également l’apercevoir dans de petits rôles dans
The Player, de Robert Altman, et
La mort vous va si bien, de Robert Zemeckis.
Ses derniers films, malgré des castings haut de gamme, n’égaleront pas ses réussites passées :
Sabrina en 1993 (avec Harrison Ford et Julia Ormond) est son bide le plus retentissant,
L’ombre d’un soupçon en 1999 (avec Harrison Ford et
Kristin Scott Thomas) ne fait pas mieux, alors que
L’interprète en 2005 (avec
Sean Penn et
Nicole Kidman) laisse les spectateurs dans l'incompréhension.
Également producteur prolifique, il aura notamment financé, outre ses propres œuvres,
Présumé Innocent, d’Alan J. Pakula,
Retour à Cold Mountain et
Par Effraction, d’
Anthony Minghella (
qui nous a quitté tragiquement il y a quelques semaines), et il venait de produire
Le liseur, de Stephen Daldry, nouveau film du réalisateur de
Billy Elliot et
The Hours.
Les derniers films dans lesquels il est apparu ont été
Fauteuils d’orchestre, de
Danièle Thompson,
Michael Clayton, de Tony Gilroy, et
Le témoin amoureux, de Paul Weiland,
qui sortira en France le 18 juin.
Il était marié depuis 50 ans avec Claire Griswold, et le couple avait trois enfants : Rachel, Rebecca et Steven, qui avait trouvé la mort dans un accident d’avion en 1993.
Hollywood vient de perdre l’un de ses artistes les plus talentueux, qui laisse une filmographie exemplaire derrière lui.