Demain, les éditions Alcina publieront le très attendu Laurence Ferrari, Une femme à la Une signé Anne Eveillard, une réponse à peine camouflée au livre de Patrick Poivre d'Arvor A demain, En chemin vers ma liberté.
Pourtant, ce n'est pas ce passionnant interrogatoire qui nous fera penser que nous sommes en train de feuilleter le magazine Nous Deux, mais bien la façon manichéenne dont la "tempête de septembre 2008" nous est racontée. Âmes sensibles et esprits critiques, sortez vos mouchoirs. Dans les deux cas, cet ouvrage est à pleurer...
Les 100 premières pages ne recèlent aucun secret, pas une indiscrétion marquante. Rien, tout juste une compilation de citations de Mademoiselle Ferrari pour ponctuer une biographie usée tant elle a été redite mille fois ces derniers mois. L'Efap, Europe 1, Drucker, LCI, RTL, TF1, Canal+, puis re-TF1... On connaît déjà tout du parcours atypique de Ferrari. Mais des fois que certains n'aient pas compris, l'auteur y revient, step by step.
Heureusement, à la 77e page, notre cardiogramme (resté plat jusque-là) s'excite - un peu. On évoque la relation de Thomas Hugues et Laurence Ferrari, dans le travail, à l'époque où ils co-animaient Sept à Huit (TF1). Afin de ne pas créer de dissensions dans leur couple, leurs textes étaient répartis 50-50, "à la seconde près". (Désolé, c'est l'élément le plus marquant...).
Le roupillon reprend pour 40 pages, longues à mourir. "Oui, j'ai hérissé le pouvoir (en annonçant que Sarkozy était candidat à la présidence de la République)", "L'ambition n'est pas un défaut", les extraits des confessions de Laurence Ferrari à Elle, VSD ou Télé 7 Jours s'entassent de façon relativement chronologique. Heureusement qu'Anne Eveillard a précisé, dès la sixième ligne de ce manuscrit, qu'elle avait été reçue par la présentatrice du plus gros JT d'Europe ...
A la 113e page, on entre enfin dans le vif du sujet. Eveillard parle du remplacement de PPDA par Ferrari. Elle dépoussière alors une interview de Patrick Poivre d'Arvor réalisée par Ferrari en 2006, alors qu'elle officie sur RTL, au Journal Inattendu. Elle note la complicité, voire la connivence, qui existe entre ces deux journalistes, citant PPDA : "La notoriété à la télévision n'est qu'une godriole... [...] La mienne (sous-entendu sa réaction) est une réaction de rejet, souvent de distance, de désir de disparaître sous terre".
Ce que veut mettre en lumière l'écrivaine, c'est que PPDA est un démago... Il n'aime pas la célébrité, mais s'est vigoureusement cramponné à son fauteuil lorsque TF1 lui a notifié qu'il venait de le perdre. La suite du livre ira dans ce sens, sans jamais avoir le courage d'affirmer ses positions. Car rappelons-le, ce livre a été validé par la principale intéressée.
Page 158, après avoir fait l'inventaire des calomnieuses accusations de PPDA à l'égard de sa remplaçante, Eveillard ressort une de ses interviews accordée au Figaro en 2006. Il y confie que parmi ses successeurs, il trouve qu'Harry Roselmack, Thomas Hugues, Anne-Sophie Lapix ou Laurence Ferrari seraient parfaits, et que "la révolution pourrait venir de la nomination d'une femme"... Mais tourné à la sauce Eveillard, nous sommes tentés de nous demander de quoi se plaint Poivre. Laurence Ferrari faisait partie de ses préférés, elle a été choisie, il a donc était exaucé...
De son côté, Laurence Ferrari n'admet aucune responsabilité dans la tournure des évènements. "Laurence aurait préféré que cela se passe autrement, mais ne se fait pas d'illusion sur la rudesse des pratiques en matière de licenciement". Elle ne pouvait pas parler à PPDA avant que Nonce Paolini , le patron de TF1, lui ait annoncé la mauvaise nouvelle. "Dès que PPDA a rencontré Nonce, je l'ai immédiatement appelé dans l'après-midi qui a suivi [...] Ce n'est pas pendant le 20 heures, comme cela a été raconté".
Pour étayer cet argument, on nous livre aussi l'intégralité du message laissé par Laurence à Poivre : "Patrick, c'est Laurence. Je voulais te dire que j'aurais dû te rappeler hier. Mais j'ai eu peur. Je te le dis très clairement, très franchement, très sincèrement. J'ai attendu jusqu'au dernier moment qu'on te parle, que quelqu'un te dise les choses, parce qu'en aucun cas ma volonté était de te nuire. Mon choix a été difficile. J'ai beaucoup hésité. J'ai beaucoup attendu. Et puis, à un moment, on m'a mis le couteau sous la gorge. J'ai dû trancher. Je suis à ta disposition, si un jour tu veux qu'on se reparle. Voilà, je ne sais pas quoi te dire d'autre. Je t'embrasse".
En revanche, le message laissé par PPDA n'était pas aussi aimable et ferait que Laurence est "encore très émue quand elle mentionne aujourd'hui cet échange" : "Il m'a laissé un message plutôt déroutant ; j'en tremblais en l'écoutant ; si bien que je l'ai effacé dans la foulée. Je n'ai jamais revu PPDA depuis". Évidemment, tourné comme ça. On ignorait que Laurence avait eu un couteau sous la gorge pour entrer chez TF1... Efficace comme méthode de recrutement.
Mais c'est au sujet des raisons du licenciement de PPDA que les choses sont les plus pathétiques. Après avoir balayé les improbables rumeurs affirmant que Laurence Ferrari aurait été imposée par Nicolas Sarkozy, citant la nouvelle reine du JT qui déclare au sujet d'une liaison avec le président que "c'est délirant", Eveillard explique "qu'en réalité" PPDA aurait fini par agacer le pouvoir... Elle ne nie donc pas le rôle de l'Elysée dans ce changement de présentateur, mais simplement les rapports extraprofessionnels de Ferrari et Sarkozy. Et Laurence a validé ce livre...
Ce livre n'entrera pas dans le panthéon des oeuvres journalistiques tant le parti pris, auquel Ferrari refuse de céder, est évident. Manque de recul et d'objectivité : PPDA/Ferrari, un partout, balle au centre.
Conclusion : Nous sommes étonnés que Laurence Ferrari ait accepté de participer à ce livre... et n'ait pas été plus exigeante à la relecture. Ce n'est pas à sa pointure et nous le regrettons... pour elle !
JL
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