Depuis ses deux coups de boule magiques en finale de la Coupe du monde 1998, son crâne s'est dégarni mais l'auréole de sainteté qui s'est dessinée au-dessus n'a pas terni (en dépit d'un autre coup de boule, moins magique celui-là). Zinedine Zidane, dont la seule polémique qu'il ait vraiment déclenché concerne le fait de le qualifier de "dieu" ou non, est une personnalité dont la popularité n'a d'égal que son étonnante réserve. La biographie non autorisée — qui a connu de rocambolesques mésaventures avant de voir le jour — signée Besma Lahouri, plonge les yeux dans le Bleu pour tenter d'en saisir la vérité secrète.
A l'instar de David Beckham, qui est aux Anglais ce que Zizou est à 65 millions de Bleus, sa notoriété se calcule désormais à l'aune de son activité publicitaire : il a entamé une carrière d'homme-sandwich qui tend à parasiter ses engagements caritatifs (avec ELA, par exemple) et la sincérité de son sourire. Il a commencé en défendant le pouvoir d'achat pour Leader Price ("J'aime vous faire gagner", proclamait la campagne) ; il explique aujourd'hui comment préparer sa retraite avec Generali. Autant de préoccupations pragmatiques qui, on s'en doute, ne le concernent pas de près.
Sa discrétion naturelle et son parler... économe, disons, forcent presque le respect. Sa physionomie ombrageuse, farouche, que transperce souvent un sourire minimal et énigmatique, dégage quelque chose d'engageant, de rassurant. Mais qu'y a-t-il réellement derrière son regard mystérieux, à la fois serein et dangereux, chaleureux et glacé ?
Le magazine L'Express dévoile en exclusivité des extraits de la biographie de Zidane, une vie secrète, de Besma Lahouri. Un ouvrage qui s'attache à brosser le portrait de l'homme derrière l'icône. Les premiers traits du tableau sont surprenants : c'est la peinture d'une sorte de "parrain", soucieux de contrôler, presque maldivement, son image et tous ceux qui gravitent autour de lui.
"Zidane a pris soin de tout verrouiller", assène l'auteur comme postulat de départ, après s'être inquiété de risquer d'égratigner le mythe. De façon troublante, ceux qui le côtoient ou l'ont côtoyé sont frappés par la loi du silence : "S'il n'est pas d'accord, on ne parle pas." Eloquent.
Autour d'un Zidane méfiant, qui s'en remet pour beaucoup à la vigilance de son frère aîné devenu son "coach personnel", gravitent la famille, la fratrie, mais aussi les amis. Des amis bien placés, et bien "arrivés" : Franck Riboud (Danone), Jacques Bungert (Young & Rubicam), Stéphane Meunier (réalisateur des Yeux dans les Bleus et de toute la saga Zidane) et Jamel Debbouze se sont invités dans la constellation Zidane une fois que celle-ci s'est créée dans le firmament hexagonal. "Zizou a arrêté l'école à l'âge de 15 ans et n'a pas eu le temps de tout apprendre. Nous sommes là pour l'accompagner dans sa nouvelle vie", estime le boss de Danone, qui assure, en binôme avec Bungert, le coaching de la star. "A eux deux, analyse Lahouri, il ont réussi à faire de l'ancien minot de la Castellane une icône du marketing particulièrement rentable." Toujours selon l'auteur, il est facile de ne plus être en odeur de sainteté dans l'entourage de Zidane : parler sans son accord revient à se jeter en pleine disgrâce : "silence radio durant plusieurs mois, voire exclusion définitive du clan", telle est la sanction.
Michel Drucker peut en témoigner : "même cette figure emblématique du PAF, l'ami consensuel de toutes les stars, a sous-estimé le caractère ombrageux de la diva du ballon rond". Devenu au fil du temps un ami de la famille après une première rencontre en 1998, Drucker a été régulièrement invité (à Turin, lorsque Zizou était à la Juve, à Madrid lorsqu'il a rejoint le Real, à Marseille, avec la famille) : "C'était super ! Quelle famille formidable !", s'enthousiasme-t-il. Mais, depuis novembre 2006 : "nous ne nous sommes pas reparlé. J'ai essayer de l'appeler, lui, ses parents, Noureddine, son frère…" Trop tard : Drucker paye le prix fort. Il s'est exposé à la vindicte zidanesque pour avoir toléré que l'imitateur Nicolas Canteloup fasse un peu d'humour. "Un petit sketch", "rien d'insultant" ; "je ne peux quand même pas censurer un humoriste !", lâche-t-il, dépité…
L'auteur aborde ensuite la naissance du Zidane homme d'affaires, qui apprend à gérer son image, crachant sur Leader Price et lorgnant sur Dior, apprenant à monnayer son nom et à faire monter les enchères. Outre sa propre société, il est désormais engagé dans la communication... interne de Generali !
Pourtant, au fil des lignes, ce qui était présenté et pressenti comme un tempérament ombrageux dérive vers une culture du secret en réaction à la médiatisation. Lahouri livre une foule de détails troublants sur le mode de vie du légendaire meneur de jeu : comment il change de numéro de portable tous les six mois et rappelle les élus qui auront le nouveau ; comment il évite de multiplier les contacts pour ses contrats publicitaires ; comment il se déplace, se loge, ... Mais aussi ce qu'il aime : en l'occurrence, les plaisirs simples ! "Il peut sortir deux billets de 5 euros pour payer un café à des copains dans un centre commercial. Sans chichis, amoureux de belles voitures, mais aussi amateur de plaisirs modestes"...
Clef de voûte de l'ouvrage : le coup de boule asséné à Materazzi en finale du dernier Mondial... Illustration exemplaire de cette loi du silence surnaturelle, personne ne lui en a voulu parmi ses proches, personne ne l'a interrogé. Ni son pote Duga, ni ses frérots.
Finalement, Zidane, une vie secrète semble épaissir un peu plus le mystère en cherchant à l'élucider. Mais au moins, ce portrait, qui confine aux problématiques de la success story, de la surmédiatisation et de la vie privée, de l'endroit et de l'envers du décor, a un grand mérite : prouver que Zizou le dieu du foot n'est rien qu'un homme.
Un homme dont les crampons sont profondément plantés dans son jardin secret.
Zidane, une vie secrète, de Besma Lahouri (Flammarion, 420 pages, 20 euros).
G.J.
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