On vous épargnera tous les poncifs récurrents sur le public d'AC/DC, en vous signalant juste que la salle, ce vendredi soir à Bercy, était composée en majorité d'ados et de post-ados décidés de s'éclater sur ce qu'ils considérent comme leur unique groupe culte. Et ils n'allaient pas être décus.
21h09, l'animation d'un train fou, dirigé par un diablotin au visage d'Angus Young, poursuivi par deux créatures ambitieuses, fixe les premiers regards sur l'écran hissé au-dessus la scène avant de s'écraser dans un feu d'artifice, rappelant la fameuse locomotive à vapeur fracassée de la gare Montparnasse, en 1895. Prétexte pour débuter avec un Rock'n Roll Train de bonne facture, premier extrait du dernier album Black Ice. La ballade rock s'ébranle et les cheminots Angus Young et Brian Johnson ne vont pas arrêter de remplir la chaudière de heavy blues, escarbillée de hard rock et de riffs classiques mais tellement bons.
Passons sur un Hell Ain't a Bad Place to Be sans surprise et arrivons aux choses sérieuses: Back in Black et Big Jack. La vitesse de croisière est atteinte et l'auditoire chavire en répondant en harmonie avec la voix du chanteur. Ah, la voix de Brian Johnson ! Pour certains, son organe n'est qu'un ersatz de Guy Pierrot, la voix française de Max la Menace, pour d'autres, c'est elle qui a sauvé le groupe australien, à la mort de son leader Bon Scott, en février 1980. Sur Dirty Deeps Done Dirt Cheap, notre écolier-guitariste retire sa casquette, et désormais, c'est lui le maître. Thunderstruck va corroborer cet état de fait. Une caméra planquée sous ses pas le suit en contre-plongée; Angus Young aggripé à son manche, tel Jean Gabin dans La Bête Humaine, ne lâche plus rien, au grand bonheur de ses admirateurs.
Black Ice sans grande originalité par rapport à l'album fait place à un The Jack des plus crasseux et au strip-tease attendu d'Angus, se terminant sur un caleçon aux armes d'AC/DC. Nous sommes à mi-concert et il est temps que sonne le tocsin des cloches de l'enfer, Hells Bells. Le bourdon retentit et le morceau se déroule à vitesse grand V, juste avant un Shoot to Thrill où, Angus Young, désormais en apnée, tente de reprendre sa respiration. Les B-52 de War Machine commencent à napalmer de riffs fondamentaux, ceux qui n'auraient pas encore compris. Une petite pause avec You Shook Me All Night Long et c'est reparti pour les dernières stations à un train d'enfer. TNT, Whole Lotta Rosie et Let There Be Rock achèvent l'auditoire, exsangue. La poupée gonflable de Whole Lotta Rosie ravale au rang de nonne la pauvre Pamela Anderson et l'épilepsie musicale d'Angus, torse nu, jumpant de son mirador vers la passerelle, s'offrant en christ contemporain à une foule qui va le libérer, le temps d'un rappel. Les cornes rouges bien vissées sur leur tête, tout ce beau monde embarque sur la Highway to Hell jusqu'aux coups de canon de For Those About To Rock, indiquant la fin du parcours.
Près de deux heures d'un show dévidé comme on l'avait rêvé, le groupe australien aux plus de 200 millions d'albums vendus, a régalé Bercy, durant deux soirs, de sa messe Rock'n' Roll. Nos tympans réhydratés de notes indispensables, ont pu se ressourcer au voltage d'AC/DC. Ils seront de retour pour un nouveau concert, déjà sold out, le 12 juin, au stade de France.
Signalons la présence en première partie du groupe irlandais The Answer, qui, quand le chanteur se sera débarrassé des tics de Robert Plant, peut espérer une belle notoriété dans le monde du hard rock. Ils seront de passage pour un showcase à la Fnac Montparnasse, ce lundi.
Frédéric H, notre reporter exclusif.
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