Elle est à l'origine du big bang de la mode au siècle dernier, lui a puissamment influé sur le monde de la musique classique au gré d'une carrière de près de soixante-dix ans : Coco Chanel et Igor Stravinsky forment un de ces couples légendaires, quoique n'étant pas un des plus célèbres, qui peuplent l'histoire des arts modernes et habitent notre héritage culturel.
"Coco & Igor", comme le résume intimement le roman de Chris Greenhalgh, duquel est tirée l'adaptation de Jan Kounen, Coco Chanel & Igor Stravinsky, qui sera projetée, dans quelques heures, en clôture de la 62e édition du festival de Cannes.
Mais auparavant, les projecteurs ont été braqués sur les interprètes de cette fresque qu'on espère aussi raffinée que les motifs qu'elle traite. Ainsi, l'exquise Anna Mouglalis, qui prête ses traits à Coco, et le ténébreux Mads Mikkelsen (très en vue dans Pusher et Le Roi Arthur, starifié par Casino Royale, et superbement impénétrable "à la Viggo Mortensen"), incarnation qu'on devine charismatique de Stravinsky, ont ravi les nombreux photographes présents pour leurs dernières heures de boulot sur la Croisette. Au côté de ce couple d'un chic absolu, complété par Elena Morozova (qui campe Catherine Stravinsky), Jan Kounen apparaissait décontracté et radieux à l'idée de présenter sa nouvelle création.
Une réalisation qui s'attachera à mettre en lumière la relation de tendresse (artistique et humaine) de la modiste de référence et du musicien.
Le 29 mai 1913, le Russe assistait, ou plutôt : fuyait la création de son Sacre du Printemps, oeuvre majeure du siècle dernier, au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, comme il le relate dans ses Chroniques de ma vie : "J'ai quitté la salle dès les premières mesures du prélude, qui tout de suite soulevèrent des rires et des moqueries. J'en fus révolté. Ces manifestations, d'abord isolées, devinrent bientôt générales et, provoquant d'autre part des contre-manifestations, se transformèrent très vite en un vacarme épouvantable." A cette époque, Gabrielle Chanel commence à imposer sa griffe et développe ses boutiques sous l'impulsion de son amant britannique Boy Capel. C'est dans les années qui suivent que son cercle d'amis artistes se développera, un cercle qu'intégrera Stravinsky à son retour en France, au début des années 1920. C'est d'ailleurs sur les conseils de son amie Coco Chanel, qui confectionnera notamment des costumes pour les Ballets russes de son ami Diaghilev, et de sa mécène chilienne Mme Errazuriz qu'il s'installera à Biarritz entre 1921 et 1924 - une période prolifique. Le film que consacre à cet élégantissime duo le réalisateur de Dobermann et 99 Francs abordera plus particulièrement leur complicité, du prêt par Coco de son domicile de Garches au réconfort qu'elle trouvera dans les bras du Russe à la mort de Boy Capel.
Un spectacle qui ne devrait pas trop souffrir, du moins l'espère-t-on, de l'agitation des manifestants anti-fourrures : alors que le festival a déjà été le théâtre des coups d'éclat des gaziers et électriciens, des sans-papiers et des enseignants en colère, ce sont les membres de l'association Fourrure-Torture qui, déguisés en hommes et femmes des cavernes, protestaient hier contre le film de Kounen, exhortant par ailleurs la marque Chanel à "renoncer à une mode fossilisée".
G.J.
Faire un lien vers cet article







Cliquez sur un smiley pour l'insérer.