Mis en sommeil durant les années de détention de son leader Bertrand Cantat, le groupe Noir Désir se fait de nouveau entendre. La réserve imposée au chanteur girondin, qui a bénéficié d'une liberté conditionnelle après avoir purgé quatre ans de prison pour les coups ayant entraîné la mort de sa compagne Marie Trintignant, exige qu'il n'aborde pas cet épisode sombre en public (et donc, sûrement pas en chanson) — même si un roman écrit par un autre prévoit de le faire.
Pressés de dépoussiérer leurs amplis, Bertrand Cantat, en pleine résurrection, qui a retrouvé son domicile de Moustey, et ses trois compères (Denis Barthe, Serge Teyssot-Gay, et Jean-Paul Roy), viennent de faire paraître sur leur site Internet (www.noirdez.com) deux nouveaux titres. Pas plus de détails sur un éventuel album : les Bordelais sont simplement "au travail".
Au menu des tympans, une ballade politique désabusée, portée par une guitare à peine mélancolique, et intitulée Gagnants/perdants. La rage bruyante du Noir Dez d'avant l'an 2000 est devenue sourde, Cantat d'une voix d'outre-tombe partage sa colère mentale : on ne peut que se rallier à Sébastien Catroux, du Parisien, qui décèle des accents empruntés à Jean Ferrat.
Morceaux choisis : "Les esclaves et les cons qui n'auront pas su dire non… Nous, on ne veut pas être des gagnants, mais on acceptera jamais d'être des perdants. Pimprenelle et Nicolas, vous nous endormez comme ça, le marchand de sable est passé, nous on garde un oeil éveillé (…) Faut pas bouger une oreille, toutes sortes de chiens nous surveillent (…) Nous on n'a rien à gagner, mais on ne plus perdre, puisque c'est déjà fait (…). Dis, tu l'as vu mon palais, t'auras rien, c'est ainsi, c'est pas fait pour les perdants le paradis."
Un titre mu par l'urgence, comme l'explique le groupe, qui l'a enregistré "en réaction au contexte actuel, politique et humain dans toute l'acceptation du terme. Impossible d'attendre pour la mettre à disposition".
Radicalement différent d'un point de vue musical (guitares saturées, un style rock californien), le second morceau est en réalité une reprise de l'illustre Temps des Cerises, écrit par Jean-Baptiste Clément en 1866 et devenu hymne communard quelques années plus tard. Une chanson de sang, d'illusions et de rêves déchus, de nostalgie.
Le retour de Noir Désir sur le devant de la scène rock française : pas gai, mais salvateur.
A écouter en cliquant ici, et à télécharger en cliquant là.
Guillaume Joffroy
Faire un lien vers cet article




Cliquez sur un smiley pour l'insérer.