Lorsque Benoît Poelvoorde évoque sa fragilité psychologique sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel, début novembre, lorsqu'on l'entend tenter d'expliquer son mal-être, la gorge nouée, hésitant, il apparaît que Benoît Poelvoorde-l'amuseur-public, le comique bankable du septième art francophone, est - comme des millions de Français - atteint de dépression. Il exprime un profond sentiment de solitude et la sensation de ne pas être à sa place. Surprenant de la part d'une grande gueule à la répartie cinglante, apparemment à l'aise dans toutes les situations. Mais les apparences sont trompeuses ; et c'est là le drame de la vie de Poelvoorde. Lorsque l'humoriste belge est propulsé dans le grand bain du show-business, il découvre un monde qui, tout d'abord, le fascine. Il est un enfant, le cinéma son terrain de jeu. L'argent, les filles, la fête, il dévore la vie. Le succès est là, les tournages s'enchaînent. Il voyage beaucoup, trop peut-être... Son métier l'éloigne - physiquement et humainement - de sa vie passée. Les mirages s'évanouissent, les masques tombent et la grande famille du cinéma se révèle décevante. Les rapports superficiels et impersonnels « du milieu » commencent à peser sur son moral. Le malaise s'installe, la fête, encore et toujours, s'impose comme seule échappatoire. Les retours à la réalité sont chaque fois plus difficiles. Le mal le submerge pendant le tournage d'« Astérix aux jeux Olympiques ». Malgré les centaines de comédiens et de techniciens qui l'entourent, Benoît Poelvoorde se sent seul, au bord de l'abîme. Une fois de plus. Une fois de trop. La machine est trop grosse, la dimension humaine en est exclue. La sensation de n'être alors qu'un numéro l'anéantit. Il reste cinq mois en Espagne, loin de tout, loin de tous. Rémy Belvaux, l'ami qui lui avait mis le pied à l'étrier - mais avec qui il était en froid depuis quelques années - vient à décéder. Benoît Poelvoorde sombre. Passer à côté de l'essentiel lui est devenu insupportable. Tout lui semble vain. A l'instar du nouveau film de Yann Moix (producteur de Podium), Cinéman, dont il devait être la vedette. C'est l'histoire d'un homme obsédé par le cinéma, qui décide de réaliser ses films en famille, sans tenir compte des impératifs commerciaux imposés par les boîtes de production. Le rôle est en phase avec l'état d'esprit de Poelvoorde. Trop. Le script égrène ce qu'il dénonce, ce qui lui donne aujourd'hui la nausée. Benoît Poelvoorde préfère quitter le tournage. Il revient aujourd'hui avec deux films, Les Deux Mondes et Cow Boy (en salle le 5 décembre), dont il est censé assurer la promo. Il se prête au jeu, encore une fois. Mais chacun aura compris que c'est au-dessus de ses forces.
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