Calogero semble renaître avec le printemps. Comme le titre de son nouvel album le laisse à deviner, les pérégrinations musicales de son auteur s'éloignent d'une période qu'on peut supposer sombre pour gagner la clarté de saison et refleurir sous un véritable arc-en-ciel de douze pistes.
L'Embellie, qui paraît aujourd'hui (après son brillant premier single signé Goldman) et devrait s'affirmer dans les semaines à venir comme un plébiscite annoncé au vu de sa facture de haut vol, loin de vouloir détourner l'attention de ces ténèbres passées, provoque l'analyse. Et même : la psychanalyse, à en juger d'après l'entretien qu'a accordé Calogero au Parisien.
L'artiste évoque en effet une véritable thérapie après de cuisantes désillusions, tant dans sa carrière que dans sa vie personnelle. Calo n'hésite d'ailleurs pas à revenir ouvertement sur sa rupture d'avec son épouse Hortense : "C'est sans doute un album qui parle de l'après-rupture, d'une volonté d'aller de l'avant, après un orage, un orage de la vie, commente-t-il. J'ai vécu un truc extrêmement banal, qui arrive à plein de gens, une séparation après sept ans de vie en couple et deux petites filles (Nina, 5 ans, et Romy, 2 ans). Ce disque a été une thérapie (...) Je ne suis pas d'une nature dépressive, je suis plutôt du genre battant (...) Quand tout cela est arrivé, j'ai écrit un texte, 'Je me suis trompé', sur la fin des idéaux. Puis je suis passé à autre chose. J'ai vécu un an chez moi avec mes filles à composer des chansons (...) La musique m'a emmené."
Sur le versant opposé à ce contexte sentimental, l'Isérois fait amende honorable en stigmatisant l'ego surdimensionné qu'il a développé au contact du succès : l'échec relatif de Pomme C, prédécesseur de L'Embellie, l'a fait devenir "parano, un peu con, insupportable avec mon entourage. J'étais nerveux, mal dans mes pompes, parce que mon pauvre petit disque marchait moins bien. On en a quand même vendu 400 000 (...) On est parti sur une tournée gigantesque avec trois Bercy. On a vu trop grand. Je me suis laissé piéger par le jeu du succès et j'ai pris une bonne baffe d'ego. Aujourd'hui, je vivrais les choses autrement (...) Parce que je sais que l'album est bon, que c'est mon meilleur. 'La fin de la fin du monde' [écrit par Dominique A, NDLR], qui ouvre l'album, est sans doute le morceau après lequel je courais depuis mes débuts. Il y a tout ce qui me fait dedans : c'est une chanson d'espoir à la fois sombre et lumineuse, sur un rythme sicilien rappelant mes origines, une musique anglo-saxonne et une manière de chanter très française".
Emancipé de ses influences musicales et lucide sur sa trajectoire, Calogero goûte enfin réellement... la plénitude de l'apesanteur.
G.J.
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