Souvenez-vous : c'est grâce à l'intervention de Carla Bruni et de sa soeur Valeria Bruni-Tedeschi - qui vont voir la maison de leur enfance changer de mains - que l'ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella a échappé, à l'automne dernier, à une extradition synonyme d'emprisonnement à perpétuité.
Alors que François Fillon avait signé le décret d'extradition au cours de l'été, Nicolas Sarkozy avait finalement décidé de ne pas faire extrader l'ex-brigadiste, dans une annonce faite le 12 octobre qui a fait des vagues sur la scène diplomatique internationale, scandalisée par cette initiative indigne d'un état de droit. C'est l'état de santé de Marina Petrella qui avait fait prendre une décision à notre président, mais son épouse et sa belle-soeur n'étaient pas étrangères cette décision d'après les médias.
Deuxième camouflet pour le gouvernement italien, avec le statut de réfugié politique qui vient d'être octroyé par le ministre de la Justice du Brésil à Cesare Battisti, dont le cas est quasiment similaire. L'ancien activiste (terroriste) des Prolétaires armés pour le communisme (Proletari Armati per il Comunismo), condamné en 1988 par contumace (il s'était enfui au Mexique) à la prison à perpétuité, s'était réfugié en France en 1990 dans le but de bénéficier lui aussi de la "doctrine Mitterrand" ou "grâce Mitterrand" - un engagement verbal de l'ancien président, pris en 1985, en vertu duquel il promettait de ne pas extrader les anciens activistes et terroristes italiens d'extrême-gauche ayant rompu avec leurs engagements pris lors des années de plomb.
Battisti avait ainsi pu s'installer librement en France et entamer une carrière d'écrivain. Mais, en 2004, la France se prépare finalement à l'extrader, en réponse aux demandes d'extradition de plus en plus pressantes : d'où la fuite de l'intéressé, alors sous contrôle judiciaire et soutenu par un comité de protestation composé de personnalités de gauche (Fred Vargas, Bernard-Henri Levy, Guy Bedos, l'abbé Pierre, Bertrand Delanoë) pour le Brésil, où il est arrêté le 18 mars 2007. Comme son homologue français, le gouvernement brésilien est divisé sur son cas.
De son côté, le ministre italien de la Justice, Clemente Mastella, formule une demande officielle d'extradition, précisant que sa perpétuité pourrait ne pas être effective afin de contourner le dispositif brésilien (qui refuse toute extradition dans le cas de peines supérieures à 30 ans de réclusion). Alors que le procureur général de Brasilia avait rendu un avis favorable sur cette requête en avril 2008, le ministre brésilien de la Justice Tarso Genro a décidé hier d'accorder le statut de réfugié politique à Battisti "en raison de l'existence fondée d'une crainte de persécution" et de l'absence prévisible d'un nouveau jugement. Une initiative qui fait de nouveaux remous : dans la foulée, le ministre brésilien des Affaires Etrangères a demandé au président Lula de revoir la décision de son ministre de la Justice !
Et Carlita, dans tout cela ? On se rappelle que Nicolas Sarkozy et son épouse s'était rendus au Brésil au moment de Noël, dans le cadre d'une visite diplomatique aux airs de vacances. Le chef d'Etat s'était évidemment entretenu avec son homologue, et il ne fait aucun doute que le sujet de Battisti et Petrella était tombé dans la conversation. L'implication de Carlita, en froid avec le gouvernement italien, aura probablement pesé dans la balance.
Le cas n'est pas réglé pour autant.
G.J.
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