Avant même la parution du nouvel album de Cecilia Bartoli, construit à partir d'arias écrits pour des castrats, celui-ci fait déjà parler de lui. En cause, la photographie qui constitue sa pochette, qui présente la tête de la fameuse mezzo-soprano coloratura sur le corps statufié d'un castrat. Un monstre qui matérialise bien la monstruosité des castrations par centaines dans la Naples baroque.
"Beaucoup de chanteurs chantent la musique écrite pour les castrats. Mais pourquoi personne ne parle jamais de la tragédie qui est à la base de cette musique magnifique ?", s'insurge la cantatrice en guise de réponse. "Imaginez-vous qu'aujourd'hui, on connaît les noms d'environ cent castrats. Mais pour arriver à ce chiffre, on a castré aux XVIIe et au XVIIIe siècle, en Italie, des centaines de milliers de garçons !"
De fait, cet album, qui paraîtra le 20 octobre 2009, s'intitule Sacrificium, et Cecilia Bartoli, qui animait cet été la "Star Ac' de l'art lyrique", défend ce choix, assumé, avec ferveur : "L'album s'appelle 'Sacrificium' pour rappeler le sacrifice de tant de garçons au nom de la musique. La photo sur la pochette du disque traduit l'idée d'une voix de femme dans un corps d'homme (...) Pour moi elle symbolise la combinaison de la beauté et de la cruauté."
Et si elle confie qu'il s'agit "probablement de la musique la plus difficile qu'elle ait chantée de toute sa vie", sa démarche artistique sert également de prétexte à une réflexion contemporaine, qu'elle explicite : "Malheureusement, aujourd'hui même, nous sommes encore prêts à sacrifier nos corps et le corps d'autres pour une beauté superficielle, légère, comme ça, suggérée par la mode. Pensons aux mannequins, anorexiques, ou aux piercings partout. Les femmes, botox partout, dans le nez, dans les oreilles, les lèvres c'est vraiment la folie de la chirurgie esthétique. Allons, soyons sérieux : c'est tellement différent du phénomène des castrats ?!"
C'est un plaisir d'écouter l'argumentaire enflammé de la diva romaine, dont nous vous proposons l'interview vidéo, ainsi que trois extraits de cet opus à paraître.
G.J.
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