Chantal Goya, 67 ans. Une chanteuse populaire très aimée en France, dont la carrière a connu un deuxième souffle décoiffant avec la mode du "revival" à la fin des années 90/ début des années 2000 : les tubes "kitsch" font fureur auprès des "adulescents" qui se régalent d'entendre Bécassine c'est ma cousine en version tech-house.
Il faut dire que Chantal a grandi et vieilli en même temps que son public, ce fameux auditoire qui avait encore l'âge de porter des baskets à scratch au moment où elle fredonnait "ce matin, un lapin a tué un chasseur". Ce fameux public lui est resté fidèle (comme Mika !) et l'a même érigé au rang d'icône gay ! Une deuxième carrière de rêve !
Une actualité heureuse dont on se réjouit pour celle qui a connu le pire avec son époux Jean-Jacques Debout : les dettes et les problèmes avec le fisc bien sûr, mais surtout... une émission de télé qui l'a littéralement brisée : Le jeu de la vérité, présenté par Patrick Sabatier.
C'était le vendredi 13 décembre 1985. Vendredi 13... une date qui ne lui a pas porté chance puisqu'elle a signifié la fin brutale de sa carrière et détruit son capital sympathie. Alors que tous ses proches (son mari, ses amis comme Thierry le Luron) lui ont formellement déconseillé d'assister à cette émission dans laquelle Coluche s'était illustré, elle cède et accepte de répondre en direct à des questions émanant de téléspectateurs.
Le contexte de cette émission, Chantal le décrit dans son autobiographie Des poussières d'étoiles dans les yeux : l'émission se déroule en direct du Palais des sports de Lyon, à la fin d'un de ses spectacles. Dans un premier temps, Chantal refuse cette émission, trouvant inopportun de répondre à des questions "d'adultes" vêtue de son costume de Marie-Rose, son personnage qui fait rêver les enfants, mais la productrice lui assure qu'il n'y aura que des enfants et on lui promet même que ce seront des enfants qui l'interrogeront. Voilà qui calme l'anxiété de Chantal, cette artiste habituée à évoluer dans un univers d'enfants, ces petits êtres qu'elle affectionne et pour qui elle donnerait tout...
C'est donc finalement en "Marie-Rose" et non en "Chantal Goya" que l'artiste répond aux questions : une interview qui vire vite au pugilat puisque Chantal est surprise de constater qu'elle se fait attaquer et insulter... par des adultes ! Chantal Goya ne sait pas comment réagir dans cette situation : comment répondre à ces attaques en adulte... alors que le public en face d'elle n'est composé que d'enfants ? Une situation complexe qu'elle ne sait pas comment gérer : elle encaisse donc les critiques assassines sur son travail jusqu'à la question fatale qui lui côutera sa carrière. Une femme se prétendant institutrice lui pose une question déroutante qui amènera Chantal à douter même de l'existence de cette femme. Celle-ci demande à la chanteuse : "Pensez-vous qu'il soit nécessaire et même souhaitable de paraître une toute petite fille aussi longtemps aux yeux d'enfants que vous confinez dans un système qui a l'avantage d'être très commercial mais l'inconvénient, pour eux, d'être abêtissant ?". C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase : Chantal tente de garder le sourire face à ce nouveau de poignard et envoie donc balader l'institutrice en lui conseillant de regarder une autre chaîne !
Ce qui aurait pu passer pour un simple mauvais moment se révèle devenir une mort professionnelle puisque, dépassée par le tourbillon de critiques vipérines, Chantal se tourne vers son seul soutien : les enfants. Partagée entre colère, consternation et professionnalisme, elle réendosse son personnage de marie-Rose et pour eux, elle chantonne, danse et fait des grimaces pour les faire rire. Elle n'oublie pas que ces enfants viennent de la voir en spectacle et ont toujours en face d'eux, la gentille Marie-Rose. Seulement voilà : à la télévision, les images des enfants ne sont pas diffusés et le téléspectateur ne voit qu'une adulte s'agiter de façon incohérente en multipliant les grimaces. Incompréhensible !
Le lendemain, Chantal Goya est clouée au pilori dans la presse : elle est accusée de s'être ouvertement moquée des télespectateurs, les médias se demandent ce qui lui est passé par la tête, la soupçonnent d'avoir été saôule ou même droguée, d'être maniaco-dépressive et, l'insulte suprême pour la chanteuse, de ne pas aimer les enfants.
C'est le coup de grâce : sa réputation est ternie. C'est fini pour elle. L'émission Le Jeu de la Vérité a enterré Marie-Rose ce soir là. Ce passage à la télévision a été particulièrement mal vécu par l'artiste qui a néanmoins accepté de revenir dessus dans son autobiographie et dans une interview exceptionnelle donnée sur tvmag.com. Sur le site, Chantal se confie... à celui qui a contribué à sa perte, Patrick Sabatier !
Patrick s'étonne de l'entendre décrire cette émission comme un complot contre elle. Dans son livre, Chantal annonce même que lorsqu'elle a voulu changer de tenue afin de sortir du personnage de "Marie-Rose", Sabatier aurait fait signe à l'habilleuse de lui interdire l'accès à d'autres vêtements. Sabatier aurait-il fortement participé à ce que Chantal paraîsse ridicule ce soir-là ? Patrick dément. Il nie aussi la thèse selon laquelle il était prévu qu'elle ne parle qu'à des enfants : ce n'était pas envisagé selon Sabatier, animateur et producteur de l'émission.
Alors, Chantal Goya... victime d'un complot télévisuel destiné à booster l'audience de TF1 ? Peut-être, mais aujourd'hui encore Chantal est particulièrement touchée par cette histoire, raison pour laquelle elle aurait refusé la diffusion intégrale de ces images.
Si la télé peut accéler l'ascension vers une notoriété, Chantal prouve qu'elle peut aussi une arme de destruction de carrière....
A noter : Pour fêter ses 30 ans de carrière, Chantal Goya est en tournée et sera notamment les 14 et 5 novembre prochains au Palais des Congrès de Paris. Son autobiographie Des Poussières d'étoiles dans les yeux publiée chez Flammarion, sera disponible dès le 23 septembre.
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