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Claude Nougaro : cinq ans, déjà...

News publiée Le Mardi 3 Mars 2009 à 15:57
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 Claude Nougaro
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Demain, mercredi 4 mars, il y aura exactement cinq ans que Claude Nougaro disparaissait, à l'âge de 74 ans. Pour lui rendre hommage, une série de disques, inédits et rééditions, et un coffret DVD (L'enchanteur) seront mis en vente tout au long de l'année 2009.

C'est en pleine vague yéyé, en 1961, que Nougaro fait des débuts fracassants. Et pourtant, il n'a aucun point commun avec les stars de l'époque, que ce soit Hallyday ou Dick Rivers et ses Chats Sauvages. Le style d'"Une petite fille" emprunte plus à la chanson française mâtinée de jazz qu'aux secousses binaires à la mode. Il faut dire que Nougaro est né dans une famille de musiciens. Avec un père chanteur d'opéra et une mère prof de piano, il possède une solide culture musicale, que l'on retrouvera, dans toute sa diversité, dans chacune de ses chansons.

C'est grâce à Salut les Copains, l'émission "djeuns" de l'époque, animée, sur Europe 1, par Daniel Filipacchi et Frank Ténot, que Nougaro fait une percée inattendue, avec "Une petite fille", une chanson plutôt "difficile". Frank et Daniel qui, à cette époque, animent également chaque soir Pour ceux qui aiment le jazz, sont eux-mêmes dotés d'une solide culture musicale. S'ils sont passés au yéyé, l'après-midi à 17 heures, c'est par un mélange d'opportunisme et de flair : ils savent que, comme le chantera Hugues Aufray (après Dylan), "les temps changent". Pourtant, au fond, les deux animateurs de SLC n'aiment vraiment que le jazz. Ce sera, pour les jeunes aficionados de l'émission, l'occasion de goûter au blues (John Lee Hooker), à la soul (Ray Charles), au swing soft (Mel Tormé) et de découvrir des personnalités musicales aussi complexes que Colette Magny (sans Salut les Copains, son "Melocotton" serait sans doute passé totalement inaperçu).

"Une petite fille", le premier succès de Nougaro,  est aussi un ovni musical, autant par le texte que par le phrasé et le style inclassable. Mais ce qui passe tout de suite, c'est la puissance de l'émotion. Car Nougaro est un homme d'images. L'amoureux de sa chanson, trempé jusqu'aux os et poursuivant sa bien-aimée en glissant sur le pavé mouillé en parlant (chantant...) tout seul son désespoir et ses regrets, c'est une une situation que tous les amoureux transis ont expérimentée.

Daniel et Frank séduits par "Une petite fille", en font le "chouchou" de l'émission, c'est-à-dire qu'elle passe pendant toute une semaine en début d'émission, juste après l'indicatif, le très soul "Last Night" des Mar-Keys. Quand une chanson est vraiment bonne, elle s'adresse à tout le monde. En quelques jours, Nougaro devient star chez les yéyés puis conquiert le grand public.

Parmi ses plus grandes chansons, il faut mentionner l'extraordinaire "Le Cinéma" de 1961, mis en musique avec Michel Legrand et qui raconte, avec humour et finesse les pensées (et les plaisirs) solitaires d'un monsieur qui "se fait son cinéma", en imaginant les courbes de sa belle absente. ("D'abord un gros plan sur tes hanches / puis un traveling panorama / sur ta poitrine grand format / voilà comment mon film commence...". C'est la seule ode à la masturbation connue avec le fameux "Pictures of Lily" des Who ("Les images de Lily m'aidaient à m'endormir le soir", chanta Roger Daltrey quelques années plus tard.)

Nougaro, c'est un chanteur unique. Comme ses paroles et ses musiques, sa présence, en scène, n'a pas d'égale. Toulousain et aficionado, il se lance sur les planches tel le taureau lâché dans l'arène, ébloui par les spotlights, à la fois furieux et désorienté. Chez lui, pas de chorégraphie, mais un corps qui s'exprime, avec une mélange d'agilité et de maladresse, une manière qui n'est pas sans évoquer Joe Cocker et ses gestes patauds sur scène.

Anecdote savoureuse, vers la fin des années quatre-vingts, Nougaro est remercié par Barclay, sa maison de disques. On lui reproche d'être dépassé puisque son album Bleu Blanc Blues ne se vend pas. Alors, dans la foulée, le chanteur part aux Etats-Unis, enregistre Nougayork pour WEA et fait un carton. Et, comme au début des années soixante, il trouve les faveurs d'un public très large, où les plus jeunes sont largement représentés.

Nougaro était un grand admirateur des musiques venues d'ailleurs. Le jazz, bien sûr, mais aussi la musique sud-américaine (la bossa-nova, notamment, qu'il fera connaître en France avec "Tu verras", son adapation d'un hit de Chico Buarque), les musiques latino comme la salsa, et, vers la fin de sa carrière, la musique africaine.

Il est un des rares Français à avoir su chanter une ville de manière bouleversante ("Toulouse"), les seuls réussites du genre revenant à des "pièces rapportées" comme Dick Annegarn ou Brel, avec leur hommage à Bruxelles.

Plus de détails sur "L'année Nougaro" sur www.anneenougaro.com.



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