De sa mère, elle dresse un portrait dur, mais elle ne s'épargne pas non plus elle-même, jouant des mots avec une adresse qui se transmet de mère en fille : "Ma mère m'aimait d'instinct parce que j'étais sa fille, mais elle n'aimait pas la personne que j'étais ; elle détestait tout de moi, j'étais tout son contraire ! Coquette, menteuse, futile et plus tard volage !"
Avec le même ton désinvolte, elle parle sans ménagement de sa relation avec son troisième mari, l'académicien et philosophe Jean-François Revel, décédé il y a trois ans. Avant lui, elle a épousé Stanley Karnow, journaliste américain puis Christophe Tzara. Claude Sarraute revient sur sa rencontre avec Revel, qui travaillait avec elle à L'Observateur. Sa déclaration d'amour est fulgurante : "Ecoutez, il faut que je vous dise quelque chose, je suis amoureux de vous." La réaction de Claude l'est tout autant : "Je rentre chez moi, mon mari Christophe Tzara n'était pas encore couché et je lui dis : 'je suis désolée, mon chéri, mais là , j'ai rencontré quelqu'un, il faut absolument que je refasse ma vie avec lui, nous c'est fini."
Peu après la réalité prend le pas sur l'euphorie du moment, ce qu'elle aime chez Revel, c'est son cerveau, sa science inépuisable : "Revel, je l'ai adoré sans ressentir, sauf au début, un grand désir pour lui ! Sur ce plan-là , nous menions des vies séparées. Et j'en ai bien profité. Ce qui ne m'a pas empêchée avec une mauvaise foi éhontée, de me tordre de jalousie à la pensée de celles que je qualifiais de 'ses grosses'."
Sans pudeur mais sans vulgarité, Claude Sarraute parle de ses amours avec une franchise déconcertante. L'intégralité de l'entretien de l'écrivain avec Laurent Ruquier dans Avant que t'oublies tout aux éditions Plon est à paraître le 12 novembre.
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