L'univers carcéral est en effet une trame parfaite pour des oeuvres à la fois intenses et violentes où les héros, ou plutôt anti-héros, se forgent des personnalités fascinantes. Purepeople.com vous propose un tour d'horizon - non exhaustif - en images et en mots de ces personnages façonnés derrière les barreaux. Entre déshumanisation et fraternité, la prison devient autre chose que du béton sur les écrans.
La prison, décor noir, malsain, mais propice au suspense
Qui dit prison à l'écran, dit évidemment Prison Break, la série de la chaîne américaine Fox créée en 2005. La prison sert ici de cadre à de multiples intrigues dont le coeur est, dans la première saison, la libération de Lincoln (Dominic Purcell) par son frère Michael Scofield (Wentworth Miller) persuadé de son innocence. Bien avant, Le Prisonnier, série britannique diffusée pour la première fois en 1967 traitait déjà de l'emprisonnement avec Patrick McGoohan dans le rôle du Numéro 6 qui ne cessera de tenter de s'échapper d'un mystérieux village-prison. Jim Caviezel reprend d'ailleurs ce rôle dans le remake prévu pour 2009. Toutefois, Le cinéma met les bouchées doubles en créant une planète-pénitencier, celle où le lieutenant Ripley (Sigourney Weaver qui va être rasée pour s'adapter à la couleur locale) débarque après l'accident de sa capsule dès le début de Alien 3 de David Fincher (1992). L'ambiance carcérale rend le film encore plus dur et confronte Ripley à la brutalité, physique et psychologique, du monstre mais aussi à celle des hommes.
Un lieu particulièrement intéressant, sociologiquement parlant
Décor et mine de personnages inquiétants, la prison est aussi un terrain sociologique passionnant. La série Oz de HBO créée en 1997 en est un exemple éclatant avec les criminels endurcis d'Emerald City qui s'affrontent en raison de leurs valeurs divergentes. Dans le long métrage Animal Factory de Steve Buscemi (2001), Edward Furlong joue un jeune homme issu de la bourgeoisie atterrissant dans une prison très dure et régie par d'innombrables codes et de clivages. Willem Dafoe joue son mentor et lui permet de gagner sa dignité, même privé de liberté. Le cinéma français s'est aussi intéressé aux horizons sociaux différents dans Zonzon (1998) de Laurent Bouhnik avec Pascal Greggory, Jamel Debbouze et Gaël Morel dont les destins basculent en prison. Jacques Audiard plonge à son tour derrière les barreaux pour suivre l'ascension magnifiquement mise en scène d'un prisonnier illettré qui réussit à organiser son propre réseau dans le fameux Un prophète et utilise lui aussi le personnage du mentor, interprété par Arestrup.
Meurtre à Alcatraz (1994) avecKevin Bacon dans le rôle du prisonnier lourdement condamné pour un simple vol et Gary Oldman en tortionnaire nous montre la destruction de l'être par la prison, tandis que Furyo de Nagisa Oshima (1983) s'attache, entre autres, à montrer la relation particulière voire érotique entre le prisonnier de guerre (David Bowie) et le chef de camp japonais (Ryuichi Sakamoto).
Politique et prison font bon ménage... sur les écrans
Le cinéma aborde sans détours des sujets politiques et historiques se déroulant dans un centre pénitencier. Ainsi, deux films majeurs reviennent sur le conflit en Irlande du Nord : Au nom du père de Jim Sheridan (1994), multi-récompensé, dénonce le système judiciaire britannique durant la vague d'attentats de l'IRA en racontant l'histoire d'un Irlandais accusé à tort d'avoir participé à une attaque. Long métrage brillant, il repose notamment sur la qualité de l'interprétation avec, en première ligne, l'incroyable Daniel Day-Lewis. Plus récemment, Hunger (2008) de Steve McQueen relate à travers une mise en scène puissante, âpre et belle, la captivité de Bobby Sands (Michael Fassbender, qu'on peut voir désormais dans Inglourious Basterds), le membre de l'IRA qui a mené une grève de la faim. Midnight Express d'Alan Parker (1978) a gagné sa notoriété en faisant un tableau sans concessions d'une prison turque où un jeune Américain (Brad Davis) est condamné à une peine de trente ans pour avoir voulu ramener du Haschich. Toutefois, les notes du synthétiseur de Giorgio Moroder qui a composé le thème du film ont contribué à faire perdurer la réputation de ce long métrage.
Quand pénitencier rime avec humanité
Univers malsain et traumatisant, la prison permet aussi de créer des oeuvres pétries d'humanisme. American History X (1998) de Tony Kaye montre comment, au contact de ses co-détenus, un néo-nazi (Edward Norton) décide de changer radicalement de valeurs et de vie. Le réalisateur Frank Darabont traite à deux reprises de la prison, une première fois en 1994 avec Les Evadés - le titre anglais The Shawshank Redemption est bien plus subtil - qui est centré sur la belle amitié entre deux détenus (Tim Robbins et Morgan Freeman). Darabont revient en prison avec La Ligne Verte (1999) en mêlant émotion et surnaturel avec un prisonnier Noir accusé de viol (Michael Clarke Duncan) et un gardien de prison (Tom Hanks) qui fait tout pour que les conditions soient les plus humaines possibles. Tim Robbins tente de son côté une approche aussi humaniste mais sans une once de naïveté ou sentimentalisme avec La Dernière Marche (1995). Plaidoyer contre la peine de mort, son film ne met pas en scène, pour une fois, un prisonnier injustement accusé. Pourtant, Robbins arrive à suivre de façon intelligente le cheminement d'un meurtrier et le regard d'une religieuse qui établit une relation nourrie d'humanité avec un homme condamné à mort. Susan Sarandon, Oscar de la meilleure actrice, y est confondante de vérité tout comme son partenaire Sean Penn. La chanson de Bruce Springsteen, Dead Man Walkin', a également été nominée pour l'Oscar de la meilleure chanson de film. N'oublions pas le formidable Brubaker avec Robert Redford, sorti en 1981, qui dénonçait les violences et les turpidudes des dirigeants des prisons américaines. Le ministre de la justice américaine de l'époque avait été interpellé sur les faits (basé sur une histoire réelle) qui étaient dénoncés.
Si elle peut être un cadre spectaculaire propice à de multiples intrigues, la prison à la télévision et au cinéma développe des personnages hantés par leur passé, profondément abîmés à la recherche d'une délivrance qu'elle se concrétise ou reste une forme de métaphore. Le "film carcéral" regorge bien souvent de performances bouleversantes ou traumatisantes qui permettent de voir la prison sous un jour moins manichéen et la rend ô combien fascinante.
Samya Yakoubaly
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