La rugosité verbale d'Eminem, livrée par un flow particulier et agressif, est sa marque de fabrique déposée : personne ne s'est donc étonné que sa récente rechute (Relapse, son dernier album) accouche de quelques modèles du genre, directly imported from Detroit/Kansas City.
Dans le lot, annoncé par un premier single assorti d'un clip parodique ultra corrosif, We made you, l'opinion s'est surtout amusée (ou pas...) de sa battle par chansons interposées avec... Mariah Carey et Nick Cannon : tête de turc récurrente du Slim Shady (après Superman et Jimmy Crack Corn, Bagpipes From Baghdad et The Warning sont les dernières piques du Kid), Mimi a dernièrement répliqué avec Obsessed, dont le clip mettait en scène un personnage d'obsédé compulsif ressemblant sérieusement à un certain rappeur... Après des échanges plus ou moins (plutôt moins) cordiaux dans la presse et des dénis ridicules (mais non, la chanson de ma compagne n'est pas une attaque contre Eminem ; mais non, je ne hais point Mimi et Nick, je leur souhaite le meilleur), le rappeur avait récidivé en juillet 2009 avec la parution du single The Warning, explicitement injurieux envers le couple divaesque et comportant un featuring vocal féminin rappelant à s'y méprendre Mariah.
En attendant le prochain épisode du feuilleton, car on n'imagine pas en rester là, Eminem a prouvé qu'il était aussi capable, malgré ses rechutes chroniques, de faire amende honorable. Déjà épinglé à plusieurs reprises pour des attitudes ou propos homophobes ou racistes, il s'est dernièrement attiré les foudres du public britannique. A tel point que sa venue programmée dans le cadre d'un des festivals majeurs de Grande-Bretagne, le Wireless Festival, en juillet 2010, risquait d'en pâtir. En raison de certaines paroles de son dernier album (le track Elevator, qui s'en prend notamment aux stars de la real TV américaine Adam Lambert et Aiken, par exemple), les militants pour les droits homosexuels avaient appelé au boycott et menacé d'interrompre le concert de l'artiste.
Et Eminem a entendu cette grogne ! Le Slim Shady, qui a signalé qu'il ne fallait peut-être pas prendre ses textes au pied de la lettre, a promis d'édulcorer ses textes les plus virulents et de se résigner à ne pas prononcer quelques termes injurieux. Un geste bien accueilli par le public homosexuel, si l'on en croit les déclarations d'un porte-parole de l'association Outrage! : "Il garde tout loisir de s'exprimer tant que ses mots ne deviennent pas violents et n'incitent pas à la haine. Il a le droit de donner son point de vue sur les gays (...) Ces dernières années, il s'est assagi". On se souvient notamment qu'en 2001, confronté à une situation semblable, Eminem avait prôné l'apaisement, s'associant à Elton John, icône britannique de la cause homosexuelle, le temps d'un duo (Stan) lors de la cérémonie des Grammy Awards - un moment fort que vous pouvez regarder ci-dessus.
Il faut désormais attendre juillet prochain pour savoir si Eminem tiendra ses bonnes résolutions, sachant que, d'ici-là, devrait paraître... Relapse 2.
G.J.
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