Véritable légende vivante du sport français, Eric Cantona, 43 ans depuis quelques jours, a, après ses exploits à Old Trafford sous les couleurs de Manchester United, réussi une superbe reconversion devant les caméras des plus grands cinéastes.
A l'occasion de la sortie de Looking for Eric (voir la bande-annonce), en salles depuis le 27 mai après une présentation couronnée de succès au 62e Festival de Cannes, le King Cantona, heureux père de deux enfants - Raphaël, 14 ans, et Joséphine, 13 ans, eus de sa relation avec Isabelle -, et mari comblé de Rachida Brakni qui attend leur premier enfant, est hyper-médiatisé grâce à cette comédie sociale et réussie signée Ken Loach.
Le mensuel Psychologies Magazine a rencontré la star des stades et des salles obscures, qui s'est confiée sans artifice sur le divan des pages du magazine, pour une petite introspection en bonne et due forme. Extraits.
"A l'époque où je jouais, quand je marquais, j'étais hors de moi. C'est une forme d'orgasme. Moi, je vivais une vraie communion avec le public. Imaginez une finale, on est à zéro-zéro, et on marque un but à la dernière minute. Le public suit le jeu comme nous, et il explose de la même façon. On a tous la même énergie à ce moment-là . Ce sont des moments inoubliables. Marquer c'est extraordinaire, mais donner un ballon de but, c'est de la générosité. Marquer un but, c'est comme recevoir un cadeau, et marquer, c'est offrir. J'ai souvent plus de plaisir à offrir qu'à recevoir".
"Même si le cinéma est une grande passion, l'intensité est moindre qu'en football. Peut-être qu'au théâtre on peut retrouver quelque chose de plus fort. Mais sans doute pas autant que ce que l'on ressent sur un terrain. C'était comme une drogue. C'est pour ça qu'il est si difficile d'arrêter. J'ai la chance d'avoir d'autres passions, comme le cinéma, mais malgré tout, je n'ai plus vraiment ma dose d'adrénaline".
"Concernant mon comportement et le coup de pied que j'ai donné à un spectateur, je ne vais pas vous dire que c'est bien, car je reconnais que ça ne l'était pas. Je ne le referai pas. J'ai pris des centaines d'heures de travaux d'intérêt général et neuf mois de suspension pour ce geste. J'ai assumé et payé. Et ça m'a servi d'expérience. La vie est faite de bons et de mauvais moments, d'actes que l'on n'aurait pas dû faire. Il est important de les vivre. J'ai besoin d'excès. Il y a des gens qui font toujours tout ce qu'il faut, qui suivent parfaitement les règles. Moi, je suis comme ça. Est-ce que je dois le regretter ? Non. Ces moments-là sont importants pour la construction d'un individu, ne serait-ce que pour ne pas recommencer".
"J'ai suivi deux analyses, dans ma vie, par curiosité. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas ce qui est visible, c'est d'aller capter l'émotion. Si je fais la photo d'une personne, elle doit ressembler à ce que je ressens, pas à ce que je vois. Un film de Ken Loach aussi pénètre l'âme des gens. Pour moi, l'analyse, c'est un peu ça, pénétrer dans un monde inconnu, invisible à l'oeil. C'est une façon de photographier l'âme. J'étais très curieux de ça. Et quand j'ai mis fin à ma carrière, j'ai fait aussi une psychothérapie. Je ne dirais pas que ça a fait bouger grand-chose. Ça m'a plutôt aidé à comprendre plein de choses. Mais je ne veux pas tout analyser, j'ai besoin de moments imprévisibles. Je trouve qu'aujourd'hui on analyse trop, au détriment des émotions et de la liberté. Surtout les relations entre parents et enfants".
"A propos de mon tatouage d'indien, mon grand-père paternel, Joseph, avait le même. Avec mes frères, on a décidé de faire la même chose, mon fils a fait pareil, et on va se transmettre ce tatouage de génération en génération. Pour moi, un tatouage doit avoir un sens. Celui-là est presque trop beau. Je l'aurais aimé simple, comme le sien, fait à main levée par un copain. C'était un Sarde, mon autre grand-père était catalan et s'est battu contre Franco. On a une lignée chargée !"
Mais le cinéaste britannique Ken Loach, Palme d'Or en 2006 pour Le vent se lève, y va aussi de son petit mot concernant le King, dans les pages du Figaro : "Concernant Cantona, j'ai d'abord cru à une blague ! Je ne le connaissais que pour l'avoir vu à la télévision, et c'est un joueur très spécial. Il a une présence très forte et une façon de communiquer au loin, avec tout un stade, qu'on retrouve chez les grands acteurs. Son idée nous a beaucoup plu (Eric est à l'orgine du projet, ndlr), la relation d'une star du foot avec un de ses supporteurs, mais si le personnage de Cantona était complet, il fallait développer l'autre, qu'il ne soit pas qu'un simple fan. Du coup, on a joué à fond sur l'opposition entre la réussite de l'un, sa confiance en lui, son rayonnement, et l'échec de l'autre, son sentiment d'avoir raté sa vie, son impuissance à remonter la pente. Et pourtant, entre eux, la communication est facile, comme elle l'est entre Cantona et ses fans".
Enfin, ultime hommage du cinéaste à la star dans les pages du Parisien : "Quand Eric jouait à Manchester, j'étais fan de lui, comme toute l'Angleterre, même les gens qui n'aiment pas le foot. C'était un joueur brillant, avec un comportement spontané et beaucoup de créativité dans le jeu. Il aimait s'amuser sur le terrain. Il avait aussi un rapport extraordinaire avec la foule. Je pense qu'Eric est définitivement un rebelle. C'est pourquoi tant de gens s'identifient à lui. Aujourd'hui comédien, c'est un "performer" très naturel. Il exprime son indépendance dans sa façon d'interpréter un rôle. Il travaille en finesse, comme quand il pratiquait le foot. C'est un colosse, mais j'ai toujours été fasciné par la délicatesse de son jeu".
Un film touchant, émouvant, drôle, sensible... à découvrir dans toutes vos salles dès aujourd'hui !
Adam Ikx
Faire un lien vers cet article















Cliquez sur un smiley pour l'insérer.