Fidèles à leurs patronymes respectifs, elle fut ardente, et il fut divin. Le Corum de Montpellier, opéra au look un peu baroque, frémit encore de la performance de Fanny Ardant et de Gérard Depardieu, hier, dans le cadre du festival de Radio-France et Montpellier Languedoc-Roussillon.
Ce tandem de monstres sacrés, amants terribles unis à l'écran par François Truffaut dans une sombre histoire adultérine - La Femme d'à côté, 1981 - puis couple en crise dans Nathalie d'Anne Fontaine, fêtait ses retrouvailles autour de l'amour... de l'art : ils étaient les récitants vedettes d'un inédit de Jacques Offenbach : La Haine.
Cette partition composée sur un drame de Victorien Sardou, tout droit exhumée du XIXe siècle par le travail de fouilles de Jean-Christophe Keck (éminent musicologue, chef d'orchestre et spécialiste d'Offenbach), était donnée sous la direction d'Enrico Delamboye, dans une mise en scène de Jean-Paul Scarpitta - qui avait déjà dirigé Fanny Ardant en 2004 dans une Médée donnée aux Arènes de Nîmes. Le tout dans une adaptation signée du directeur du festival, René Koering.
Pour interpréter cette histoire de guerre et d'amour dans la Sienne du XIVe siècle, la "néophyte" Fanny Ardant et le grand Gégé, qui faisait sa cinquième apparition dans ce festival, étaient associés à la comédienne et mannequin Farida Khelfa , une des meilleures amies de Carla Bruni,et à l'actrice allemande Dörte Lyssewski (à son actif, des prestations remarquées dans les rôles de Charlotte dans Les Affinités électives de Goethe et de Hedda Gabler pour le drame éponyme d'Ibsen). Le quatuor a séduit, comme en témoignent les lignes de la journaliste du Figaro qui a assisté à la performance livrée devant 2 000 bienheureux spectateurs, saluant "l'intelligence et la sensibilité d'une interprétation puissante, profonde, nuancée et très émouvante, trouvant la juste distance entre lecture et jeu, récit et incarnation".
"Aristocratique beauté, Farida Khelfa, icône de la mode, s'affirme par le cinéma comme une excellente actrice. Ici, elle est une récitante souveraine, qui sait son texte par coeur, le donne avec fermeté et sensibilité. Dörte Lyssewski (...) est une immense comédienne au jeu moiré. Fanny Ardant, concentrée sur la musique, donne à ses inflexions parfaites des irisations sublimes. Gérard Depardieu, que l'on devine transpercé par la musique, impose magnifiquement Orso, guerrier amoureux, vulnérable."
Conclusion : "Et l'on frissonne longtemps, subjugué".
G.J.
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