Quatre secondes : à un centième près, c'est le temps qu'a gagné Federica Pellegrini en deux ans, et c'est ce qui fait la différence entre la souffrance gratuite et le bonheur total - celui que son sourire de ces derniers jours revendique fièrement. Car, à Rome, lors des Championnats du monde de natation qui viennent de s'achever au Foro Italico, l'ambitieuse Vénitienne a atteint ses objectifs et éclaboussé la natation féminine de son niveau de performance. On pouvait s'y attendre, au vu de sa "préparation" aux Jeux Méditerranéens, en juin, sous le regard de son compagnon Luca Marin.
En 2007, à Melbourne, la grande rivale de Laure Manaudou décrochait, à 18 ans, la médaille de bronze des Mondiaux de natation sur 200 m nage libre en 1'56"97. Une étape dans un parcours de la combattante qu'elle a tout récemment décrit : une véritable vie de tortures depuis l'adolescence, à l'épreuve de laquelle la jolie - et volontiers très sexy - Transalpine a développé une forme de blindage sous la combi. En 2008, c'est l'or qu'elle rapportait, autour de son cou, des Jeux Olympiques de Pékin, s'imposant sur la même distance phare avec un chrono de 1'54''82.
En 2009, quelques jours avant de célébrer (elle le vaut bien !) ses 21 ans ce 5 août, Federica Pellegrini a été sacré reine incontestable sur 200 et 400 m nage libre, records du monde à la clé (1'52''98 sur 200, 3'59"15 sur 400, première femme à passer sous les 4' sur cette distance anxiogène pour elle). Un triomphe attendu et espéré qui aurait pu relever du raz-de-marée... si elle n'avait pas renoncé au 100 m nage libre pour optimiser les chances du relais féminin italien - sacrifice qui n'a pas payé, ce que cette bosseuse invétérée et perfectionniste a eu bien du mal à digérer, s'en prenant ouvertement à ses compatriotes : "J'ai effectué ma part de travail pour emmener l'équipe en finale, mais les relais se font à quatre. Je suis déçue par mes coéquipières, j'attendais beaucoup plus d'elles. Je peux comprendre qu'elles aient été sous tension, mais on ne peut pas se louper comme ça sur le relais. On ne peut pas faire 1'59"... J'ai renoncé à faire le 100 m nage libre justement pour aider mes coéquipières. J'ai donné beaucoup dans cette course. On ne pouvait pas faire aussi mal."
Le degré d'exigence de la demoiselle est à la hauteur de son engagement et de son auto-discipline : c'est ce qu'on appelle "retour sur investisssement". Et Federica entend bien récolter goulument les fruits de son travail acharné : "J'étais vraiment fatiguée musculairement, et je n'aurais jamais imaginé descendre sous les 1'53"00. C'est mon dixième record du monde, mais c'est la première fois que je m'étonne moi-même", se réjouissait-elle à l'issue de sa victoire sur 200 m mercredi 29 juillet.
Son règne commence. Bravo, campionessa !
G.J.
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