La pression est sur les épaules de Federica Pellegrini, à quelques heures de l'ouverture des Mondiaux de natation, demain à Rome. L'Italienne se sait attendue au tournant - ou plutôt, au "virage" en bout de ligne d'eau, pour donner dans le jargon de la natation - chez elle, et continue à assumer courageusement, depuis ses 14 ans.
En dépit de quelques malaises inquiétants qui n'étaient autre que des crises de panique en abordant certaines courses (à Gênes, à Viterbe, puis à Pescara, lors des Jeux Méditerranéens où elle s'est pourtant offert un nouveau record du monde, sur 400 m nage libre), la Vénitienne affiche une discipline de métronome : "Ne cherchez pas les écarts, il n'y en a pas. Je suis disciplinée, bien encadrée, et je ne fais aucun abus", assure-t-elle.
Grande rivale de Laure Manaudou à l'époque où celle-ci était encore une compétitrice, à qui elle a chipé les records du monde des 200 et 400 m nage libre, la nageuse transalpine, âgée de 20 ans, a mieux résisté que son ancienne adversaire aux cadences infernales : "La natation est un sacerdoce. C'est se lever avant l'aube pour aller s'entraîner pour ensuite être à huit heures pétantes à l'entrée du collège", décrit-elle en se remémorant ses vrais débuts, à 14 ans. C'est "un sport qui t'essore jusqu'à la dernière goutte. Tu n'as pas le choix. Et tout le monde n'en sort pas indemne". Le "Portrait" que lui consacre aujourd'hui le quotidien Libération revient évidemment sur les années difficiles, littéralement la tête sous l'eau, notamment lorsqu'elle doit déménager pour Milan à 15 ans et être séparée de sa famille pendant deux années très épineuses : "J'étais encore très jeune. J'affrontais un moment délicat pour une femme."
La réponse à cet accouchement du talent dans la douleur, c'est la forme de sérénité impressionnante qu'elle dégage désormais. D'un point de vue familial ("En moins d'une heure, je peux me faire cajoler par ma mère et je retrouve mon chat, Neve"), d'un point de vue pragamatique ("Le pouvoir de l'argent ne me gêne pas. Tout le monde l'utilise. Et je me rends compte que ce que je fais a une grande valeur"), d'un point de vue médiatique ("Je n'évite aucun sujet. Dommage que mes propos soient souvent sortis du contexte. Mais, à force, je m'y suis habituée").
D'autant plus remarquable que la surmédiatisation n'est pas venue de son titre à Pékin en août 2008 (seulement 5e sur le 400m nage libre dont elle détenait déjà le record du monde, elle remporta le 200m nage libre en battant sa propre marque). Véritable star dans son pays (c'est à elle qu'est revenu l'honneur du "vol de l'ange" inaugural du Carnaval de Venise en février 2007) malgré la faible notoriété de son sport, son duel avec Laure Manaudou, y compris et surtout côté coeur, puisqu'elle vit depuis mars 2007 avec Luca Marin, l'ex de Laure, a grandement contribué à cette effervescence, qui lui a par ailleurs valu de faire la couverture des magazines masculins, tantôt topless, tantôt... encore moins habillée - "oui, j'aime bien les sous-vêtements sexy et les talons aiguilles", revendique-t-elle ailleurs.
Aujourd'hui, elle constate à ce propos : "Je ne suis pas jalouse des histoires passées. Parce que j'en ai eu de semblables. Ce qui me gêne, c'est que celle-ci continue dans le temps. A chaque fois qu'on parle de Luca et de moi, il est immédiatement fait allusion à Manaudou. En Italie, c'est terminé, pas en France. Peut-être parce que ça ne lui a pas passé... Moi, en tout cas, je n'ai plus aucun contact avec elle."
D'autant que les choses semblent aller à merveille avec Luca Marin, comme on a pu le constater : "Luca est très important pour moi, il m'a beaucoup aidée, notamment à Pékin. Sa présence est prépondérante dans les moments difficiles. Il est plus expérimenté que moi, il sait quoi me dire quand cela ne va pas." Une complicité qui fait écho à l'idéal à moyen terme que la jeune femme dessine comme un objectif : "J'ai bien l'intention de fonder un foyer assez vite, assez jeune. Peut-être après les Jeux de Londres." Jeux de Londres où elle souhaite s'aligner également en vitesse, sur 100 m. Le sprint est lancé, pour la championne, et pour la femme en elle.
G.J.
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