Qui veut la peau de la Flèche d'Or ? C'est la question que tout le monde se pose alors que les rumeurs de fermeture de ce lieu mythique des soirées parisiennes se font de plus en plus insistantes.
La Flèche d'Or est née dans les murs d'une ancienne gare en plein coeur du 20e arrondissement et tire son nom du train qui reliait Paris à Calais dans les années 30. Après son ouverture, cette salle de concert découvreuse de talents électro-pop indé est rapidement devenue le lieu de rendez-vous des parisiens branchés et/ou amateurs de musique.
Sur la scène de la salle se sont succédé futures révélations et artistes confirmés qui ont assis sa réputation de lieu de référence de l'électro-pop et du rock indé à la programmation de qualité. La Flèche d'Or est devenue, avec La Maroquinerie et La Bellevilloise, une des salles qui font bouger le nord et l'est de Paris. Les soirs de concert, file d'attente interminable sur le trottoir assurée, et sélection plus rigoureuse à l'entrée !
Oui mais voilà, La Flèche d'Or, malgré sa popularité, risque fort de fermer... Et dans un avenir proche. La salle est-elle victime de son succès ? Peut-être bien. Car la ferveur nocturne qui entoure ce lieu ne plaît pas à tout le monde, et les riverains se plaignent de leur tranquillité perdue, la nuit tombée. Les nuisances sonores sont une raison valable, mais pas récente, à laquelle l'équipe de la Flèche d'Or avait trouvé une solution ou résisté jusqu'ici, notamment avec des travaux d'insonorisation en 2008.
D'autres éléments expliquent-ils la menace qui plane sur la salle ? Le webzine Fluctuat.net a mené l'enquête... et fait quelques révélations édifiantes.
La société Trigano, qui possède La Flèche d'Or, tout d'abord, est également propriétaire d'un... immeuble de riverains récemment construit, ces mêmes riverains se plaignant de nuisances sonores. Il semblerait que les travaux réalisés en 2008 n'aient pas été suffisants pour insonoriser efficacement la salle, le problème persiste donc et cette fois, c'est la même société qui est concernée par les deux parties prenantes. Et les quelques centaines de milliers d'euros nécessaires pour effectuer les travaux supplémentaires sont un argument non négligeable.
Cela dit, l'immeuble d'habitation et la Flèche d'Or ne sont pas les seuls investissements du groupe dans le quartier : l'hôtel ultra design et de grand standing Mama Shelter, situé en face de la salle de concert, est également propriété de la société Trigano, qui prévoit d'ouvrir prochainement dans le même immeuble une médiathèque. Un complexe culturel, un hôtel de grand standing et un lieu d'agitation nocturne peuvent-ils cohabiter dans la même rue ?
Rien n'est moins sûr. Une fermeture à proprement parler de la Flèche d'Or est cependant à considérer avec réserve : sur le site de la société Trigano, la salle est en effet présentée comme un lieu idéal pour l'organisation de soirées privées... Des soirées qui auront sûrement plus à voir avec un événement interne pour cadres d'entreprise en costume-cravate qu'avec une rave-party.
Il est vrai qu'un hôtel de luxe, une médiathèque, des riverains heureux qui paient leur loyer et une salle réservée aux soirées privées sont une combinaison rentable, et La Flèche d'Or, avec ses problèmes d'insonorisation, les plaintes des habitués qui s'élèvent contre l'augmentation du prix d'entrée (autrefois gratuite) et des consommations, ne fait guère le poids face à cette logique économique implacable.
L'argent et la crise (encore elle) ont donc écrit la chronique d'une fermeture annoncée... On ne sait pas encore précisément quand. Les amoureux des soirées musicales indé se préparent à devenir orphelins du berceau parisien de leurs nuits endiablées.
CM
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