Douze ans après la disparition du plus grand dénicheur de talents de la vie artistique française, l'antre mythique né de son enthousiasme visionnaire ve renaître de ses cendres. Jacques Canetti n'est plus, mais le prestigieux label à son nom (sur lequel veillent ses enfants Bernard et Françoise), pétri d'élégance et de tradition, ainsi que le Théâtre des Trois Baudets sur la micro-scène duquel se sont révélés les plus grands noms de la scène culturelle nationale, lui survivent.
Certes, deux des trois B majuscules des Trois Baudets, ne sont plus de ce monde (Jacques Brel et Georges Brassens). Mais le troisième, Guy Béart, parrain de cette résurrection (qu'il célébrera pour sa part le 6 février), peut d'ores et déjà compter sur d'autres anciens pensionnaires des lieux pour la réouverture, ce mercredi 4 février 2009, du cabaret fermé en 1967. Parmi eux, Pierre Perret, qui porte plainte contre le Nouvel Obs pour diffamation - Georges Moustaki, - qui est pourtant en petite forme mais tient à être là - ou encore Marcel Amont entoureront le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui avait fait de cette réhabilitation un des objectifs principaux de sa politique culturelle. Un enjeu qui a un coût : 7 millions d'euros, entièrement à la charge de la municipalité.
Julien Bassouls reprendra le flambeau de Jacques Canetti, avec pour ambition de voir les Trois Baudets redevenir cette pépinière de talents, vivier d'auteurs-compositeurs-interprètes qui ont tous débuté, anonymes, sur le plateau de 15m2 de cette salle de 250 sièges, qui a fait naître une immense génération d'immenses monstres sacrés : Georges Brassens, Jacques Brel, Guy Béart, Serge Gainsbourg, Boris Vian, Félix Leclerc, Mouloudji, Boby Lapointe, Claude Nougaro, Henri Salvador...
Pionnier extralucide, auquel on doit entre autres inspirations d'avoir introduit en France les icônes du jazz (Duke Ellington, Louis Armstrong...), Jacques Canetti a également permis l'avènement d'un bataillon d'humoristes inégalés depuis (les fameux Pierre Dac, Francis Blanche, Robert Lamoureux, Fernand Raynaud, Darry Cowl, Raymond Devos, Jean Yanne...).
Bâti en 1947 sur les ruines (ou presque) d'un dancing rue Coustou, le Théâtre des Trois Baudets revient à la vie, avec une mission de service public. "C'est à Pigalle, mais c'est pas un sex shop", lit-on dans le remarquable dossier de presse consacré à ce moment fort, entre légèreté très artiste et auguste poids de l'héritage. A noter qu'un coffret retraçant cette folle et salutaire épopée du découvreur Jacques Canetti est disponible : 4 CD et 1 DVD compilant des vidéos privées regroupés sous le titre Jacques Canetti - Mes 50 ans de chansons.
Après plusieurs jours de cérémonies (c'est qu'il y a plus de quarante années de silence à conjurer), le public pourra à son tour faire un bond dans le temps. Retour vers le futur, pour être exact. Aux sources de la découverte.
Il aurait vraiment fallu être des ânes pour ne pas orchestrer une telle résurrection.
Guillaume Joffroy
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