L'interprète de Zorro est arrivé, Syracuse ou Faut rigoler est décédé ce matin à l'âge de 90 ans, emporté par une rupture d'anévrisme survenue à son domicile parisien.
Il était annoncé en clôture du 20ème Festival Chorus de La Défense, à Paris, le 12 avril prochain. Henri Salvador ne verra, hélas, pas ce nouveau printemps : comme une prémonition, son dernier album (Révérence, paru en 2006) le voyait chanter Les Dernières Hirondelles...
Sa révérence, il avait choisi de la tirer — après 80 ans d'une carrière exceptionnelle à bien des égards — sur la scène du Palais des Congrès, le 21 décembre dernier. C'était un show à l'image de sa personne : monumental. Pas en terme de performance. Mais d'émotion : ce soir-là, le soir de ses adieux, sa voix le lâche, son corps ne suit plus... Une tragi-comédie que ce comique dans l'âme ne manque ni d'orchestrer, ni d'assumer. Francis Marmande, du Monde, relate cette élégante comédie érigée sur la défaillance d'un soir : « Putain ce soir, mon cousin, j'ai des gravillons partout, vous avez pas le pot, peut-être un petit coup de pinard... », lâche Henri Salvador avec spontanéité. « Juste ce soir, c'est bien ma veine, j'ai plein de chats dans la gorge, et tous mes copains sont là ! Il est temps que j'arrête, c'est pas possible ce truc », continue-t-il. Avant de disparaître derrière le rideau, un simple adage qui résonne comme une confidence : « Bonsoir, amis, bonsoir ; il faut savoir partir ». Une épitaphe avant l'heure...
Le natif de Cayenne, en Guyane, régalait un large public de ses multiples talents. Chanteur à la voix de velours, guitariste de jazz élevé aux accords de Django Reinhardt, comique en général et imitateur en particulier (de Popeye !), doubleur pour le cinéma (le crabe Sébastien dans La Petite Sirène de Disney), parolier (pour Régine, pour Sheila), dénicheur de talents (Art Mengo, Kerenn Ann) :« J'ai fait du jazz, des sketches, des chansons drôles, des comptines, du music-hall, de la télévision », aimait-il à répéter. Et même de la télé dans les années soixante.
Sa longévité exceptionnelle, que seule égalait sa délicieuse indolence, a fait de lui un grand voyageur des temps musicaux : il les a puissamment influencés, au gré d'un répertoire populaire et varié, qui déambule entre fantaisie, humour et douce mélancolie.
Il a notamment, avec Rock Hoquet (écrit par Boris Vian et composé par Michel Legrand), contribué à introduire le rock'n'roll en France. La note sud-américaine (bossa nova, en particulier) d'un certain nombre de ses titres a également ensoleillé la chanson française des années durant.
Aujourd' hui, le soleil s'est définitivement couché. La mort ne tourmentait pas Henri Salvador. Il en parlait, il l' évoquait, il la sentait s'approcher de lui. Selon lui, le cycle allait s'achever et tout était dans l'ordre naturel des choses.
Henri Salvador, le fêtard, le pote incontournable de "La bande à Barclay", à la fois extraverti et pudique, toujours prompt à se réfugier dans le rire, était aussi Commandeur de la Légion d'honneur, de l'Ordre national du Mérite, de l'Ordre des Arts et Lettres, et Grand Croix de l'Ordre du Mérite brésilien.
Il est parti sur la pointe des pieds, presqu'en s'excusant, sans avoir eu le temps de revoir Syracuse...
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