"Sans sa séquestration, Ingrid serait passée inaperçue, son livre aurait été oublié rapidement (...) La séquestration d'Ingrid a été fatale pour la Colombie". Il y a beaucoup d'amertume dans les quelques pages qui viennent d'être dévoilées par Hermes éditorial. Dans son pavé (618 pages) intitulé Ingrid Betancourt, ce qu'elle n'a pas dit, Mario Torres, avec une rancoeur acerbe (abondamment justifiée et richement documentée), explore l'impact désastreux de La Rage au Coeur, ce portrait de la Colombie publié en 2001 par Ingrid Betancourt, et de sa surmédiatisation soudaine liée à sa détention par les Farc puis sa libération en juillet 2008. Un pamphlet en bonne et due forme.
Ainsi, si certains compagnons d'infortune ne se sont pas remis de son comportement durant leurs années communes de séquestration (trois Américains avaient dénoncé l'attitude de Mme Betancourt dans Out of Captivity, tandis que son ancienne amie et alliée politique Clara Rojas s'épanchait dans La Captive), d'autres n'ont toujours pas digéré son ouvrage La Rage au Coeur. Selon Mario Torres, ce livre donne une vision faussée et partielle du visage de la Colombie, et l'effervescence médiatique autour d'Ingrid Betancourt n'a fait qu'entériner la maldonne. Sa réponse est un réquisitoire rageur et consciencieux contre La Rage au coeur, rédigé par une femme qui, "avec son air fragile, a compris comment émouvoir"... au détriment de la vérité.
Sous-titré "Une famille colombienne dans les rouages de la politique française" et flanqué d'une couverture présentant l'ex-sénatrice - en larmes récemment lors d'une rare apparition - au côté de Nicolas Sarkozy (entre autres), le brûlot compile les zones d'ombre, stigmatise le fait qu'on ne sache rien du véritable caractère (personnel et politique) d'Ingrid Betancourt et que son histoire en France n'ait commencé qu'en 2001 avec la parution de son livre, s'étonne du statut d'icône inviolable qu'elle a acquis et des réticences à accréditer les aspects sombres de sa personnalité...
Résumé (édifiant) proposé par l'éditeur : "Les Français voient la Colombie et ses habitants à travers le prisme qu'Ingrid Betancourt a eu l'audace d'imposer par son livre " La Rage au Coeur " et à travers les différentes émissions auxquelles elle a participé. Sa famille et les comités Ingrid Betancourt ont amplifié le message et les médias ont suivi sans oser s'écarter de cette vision. Cette vision correspondait parfaitement à l'idée de liberté pour laquelle les Français se sont battus. Les médias n'ont pas osé vérifier si ce qu'Ingrid racontait correspondait à la réalité. Elle, avec son air fragile, parlant parfaitement le français, a compris comment rédiger son livre pour les émouvoir. Eux qui ont toujours rêvé d'une héroïne, d'une femme demi-déesse, sont tombés sous son charme. Ingrid montre qu'elle s'est battue seule contre le monstre colombien à multiples têtes : la corruption, la drogue, les gouvernements, la mafia... une femme hyper menacée qui devait se déplacer avec des gardes de corps. Les Français se sont émus de l'honnêteté qu'elle dégageait sur les plateaux de télévision.
Sans sa séquestration, Ingrid serait passé inaperçue, son livre aurait été oublié rapidement. Peu à peu, de femme fragile, elle est devenu héroïne. Sa libération a constitué une " affaire d'Etat " pour le gouvernement de Chirac et celui de Sarkozy. Pour ce dernier, la libération d'Ingrid était une affaire de " vie ou de mort ", une priorité, presque la priorité des priorités, qui devait passer devant toutes les affaires de la France.
Au point de vue politique, économique et social, la séquestration d'Ingrid a été fatale pour la Colombie. Ses relations avec l'Europe ont été perturbées.
A la parution des livres " Out of Captivity " des trois Américains et " La Captive " de Clara Rojas, les gens doutent du traitement peu élogieux fait à l'égard de l'Icône française. On se rend compte que l'histoire d'Ingrid a commencé en France seulement à la parution de son livre en février 2001. De sa vraie vie politique ou de son caractère, les gens connaissent peu ou rien. Les auteurs français qui ont écrit des livres sur elle se montrent réticents à croire qu'elle ait un côté sombre. Ils n'aiment pas que l'on casse l'image qu'ils ont construite.
L'auteur a consulté plus de 4.000 documents et a décortiqué pas à pas la vie politique d'Ingrid Betancourt, sa séquestration et sa libération. Il montre les implications politiques de la France pour sauver une femme colombienne et l'ingérence de la famille d'Ingrid dans les affaires de ce pays."
Au fil des pages, l'âpre pamphlet croît à vue d'oeil. Le chapitre "Ingrid Betancourt et ses colères" évoque "la fille par qui tous les scandales arrivent" à la "personnalité extrémiste", caractérisée par son "mépris des autres" qu'elle considère comme des objets et qu'elle n'hésite pas à insulter ; celui baptisé "Rumeurs à propos de la santé et la libération d'Ingrid Betancourt" récapitule l'exploitation faite de son état de santé présumé par sa famille, notamment...
Des extraits en avant-première à lire intégralement en cliquant ici.
G.J.
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