Tombée dans une relative déliquescence au cours d'une bonne dernière décennie — globalement depuis le rôle-titre de La Reine Margot sous la direction de Patrice Chéreau —, mis à part un semi-come-back cinématographique en 2002-2003 dans La Repentie (de Laetitia Masson), Adolphe (de Benoît Jacquot) et Bon Voyage (de Jean-Paul Rappeneau), Isabelle Adjani est également rare dans les médias.
Récemment, les feux de la rampe se sont à nouveau embrasés pour elle, dont la performance dans le téléfilm (le film) La Journée de la jupe a été chaleureusement saluée à l'occasion du Festival de La Rochelle.
Et plus récemment encore, la comédienne a décidé de livrer quelques confidences sur "son métier de ouf". C'est dans le magazine du groupe Costes qu'on retrouve ces constats entre des rêves encore bien vivaces et une amertume développée au contact du métier.
"Les gens qui ne sont pas rattachés à cet univers ne peuvent pas comprendre à quel point ce milieu est ingrat, dans tous les sens du terme, un statut aberrant, un métier de ouf !", explique-t-elle avant d'enchaîner sur une sorte de lassitude qu'elle éprouve face à cette machine du show-business : "autant je suis faite pour ce métier quand je joue — et là, je suis une bosseuse hors pair —, autant je ne suis pas faite pour ce métier quand il faut en vouloir, quand il faut vouloir sans cesse et, de nos jours, plus que jamais. Cette dureté, c'est épuisant. Si j'admire les stratèges, je ne le suis pas moi-même", assène-t-elle.
Pourtant, à défaut de stratégie, Isabelle Adjani a toujours une ambition : "ce qui m'agacerait vraiment, c'est d'arriver au moment fatidique où je me dirais 'bon, eh bien, maintenant, ça suffit comme ça ! Ras le bol !' sans avoir le sentiment que mon parcours ressemble au rêve que j'en avais quand j'ai commencé...". Elle préférerait nettement arriver à ce moment où, regardant en arrière, elle se dira : "bon, eh bien, il y a quelques films mémorables : joli travail ! Bien vu, ma fille ! Tout ça avait un sens finalement".
Mais pour en arriver là, on sent qu'il lui faudrait vivre quelques aventures de plus, et c'est là que le bât blesse. Car le mileu et elle ne semblent pas avoir la même audace ou, du moins, ne pas être sur la même longueur d'ondes : "J'aimerais que l'on me voit comme celle que je suis, déplore-t-elle. Ca pourrait se traduire par : on sait ce qu'elle sait faire. Parfois, je me demande si la profession ne me voit pas comme n'aimant qu'un certain type de rôles. [Pourtant,] la prise de risque est un de mes facteurs moteurs ! J'entends souvent : on aurait bien aimé vous proposer ce rôle, mais on savait que ça ne vous intéresserait pas. 'Ah, bon ! Vous saviez ? Qui vous l'a dit, ça ?' Ca me rend toujours un peu désarmée...".
Et ce, même si elle admet : "qu'est-ce qu'il faut m'aimer pour arriver à me sortir de mon cocon !"
En bref, un bilan aigre-doux, qu'elle ponctue d'une sentence de diva : "Je passe du regret au remords et du remords au regret avec, je l'espère, au moins la grâce des indécises !"
Alors mesieurs les producteurs et les metteurs en scène... vous avez perdu le téléphone d'Isabelle Adjani ?
G.J.
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