Le détenu n°13855, l'évadé le plus célèbre de France, continue à affoler les autorités et... les médias. Evadé de la prison d'Auxerre le 8 septembre dernier, Jean-Pierre Treiber, unique suspect dans l'affaire du double meutre de Géraldine Giraud et Katia Lherbier, avait pris soin de se munir de papier et d'un stylo.
Outre une lettre à sa mère et une missive désormais fameuse adressée au magazine Marianne, toutes les deux écrites avant son évasion, l'ancien garde-chasse se signale aujourd'hui avec un long courrier adressé à Blandine Stassart, son amie depuis 15 ans, sa confidente privilégiée depuis 2008, celle qu'il appelle "mon hartzala" - mon petit coeur, en alsacien.
Après 58 mois de détention, Treiber, traqué (battues, hélicoptères, motos, chiens...) et sous le coup d'un mandat d'arrêt international, décrit sa cavale à travers les bois et ses conditions de survie dans cette longue lettre révélée aujourd'hui par le magazine Paris-Match et commentée par l'intéressée, Blandine : "Je dois reconnaître que je suis épatée par sa capacité à survivre dans la forêt. J'ai reçu la première lettre il y a deux semaines (le 1er octobre), en même temps que sa famille et l'hebdomadaire Marianne. C'était une lettre d'amour. Il me dit qu'il m'aime et je veux lui répondre que je l'aime aussi".
Blandine Stassart dit avoir remis ces courriers à la justice par "obligation" - les 152 lettres de sa correspondance avec Treiber ont de toute façon été saisies par la PJ : "Je ne peux pas risquer d'être considérée comme complice, même passive, d'évasion. Et je ne veux pas avoir à subir les mesures de rétorsion qu'ont dû affronter son frère et son beau-frère la semaine dernière [placés en garde à vue pendant plusieurs heures pour avoir dissimulé à la justice une lettre postée après son évasion]. La police nous surveille (...) Malgré nous, nous sommes devenus des appâts. Mais que Jean-Pierre ne s'y trompe pas ! Il peut continuer à m'écrire. Et si je m'exprime aujourd'hui, c'est précisément pour lui dire que je ne l'ai pas trahi ! Ni lui ni sa famille."
"Je connais Jean-Pierre depuis 15 ans, fait-elle remarquer. Depuis l'époque où il habitait en Seine-et-Marne avec sa femme et ses enfants. Nous faisions partie du même cercle d'amis et nous nous retrouvions régulièrement pour jouer aux cartes ou dîner (...) Fin 2007, mon mari et moi étions en instance de divorce et nous ne lui avons pas écrit. Il s'en est étonné auprès d'amis. Alors, en avril 2008, je lui ai envoyé une première lettre. Il m'a répondu. Je l'avais toujours trouvé attirant. Les photographies et le portrait brossé par la presse ne lui rendent pas justice. C'est un homme généreux, gentil, prévenant, à mille lieues de "l'homme des bois" qu'on a décrit. Ses lettres étaient touchantes, alors je me suis décidée à lui rendre visite (...) J'ai trouvé un homme à terre, aux tendances suicidaires. Mon devoir était de lui remonter le moral (...) Au mois de mars, il était même plein d'espoir. Nous commencions à imaginer notre vie "après" (...) En mai, quand il a su que son procès, qu'il espérait à l'automne, serait reporté au printemps 2010, son moral s'est assombri. Ses idées suicidaires ont resurgi. Il pensait qu'il n'en sortirait jamais. Il attendait tellement de pouvoir s'expliquer devant la cour d'assises !"
Pour couper court à toute mauvaise interprétation, elle ajoute : "Je ne suis pas tombée amoureuse de l'homme mêlé à l'affaire Giraud, mais de celui que j'avais connu auparavant, et que j'ai retrouvé enfermé entre quatre murs".
Au courant de ses projets d'évasion ("l'administration pénitentiaire était tout aussi informée que moi", signale-t-elle, faisant allusion à la surveillance du courrier), Blandine Stassart refuse néanmoins de se prononcer sur l'épisode, pas plus que sur l'affaire, dont elle dit ne pas connaître "grand-chose", sinon pour affirmer que Jean-Pierre Treiber ne peut être le coupable qu'on voudrait qu'il soit.
Un lettre et un entretien à découvrir en intégralité dans Paris-Match, actuellement en vente.
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