Le Français est admiré pour son talent et aimé pour son caractère. Vrai gentil garçon doublé d'un showman, les courts ont un nouveau chouchou...
Roger Federer se demandait d'où il sortait : il va pouvoir se faire une idée devant sa télé, dimanche. Le Suisse vient en effet d'être éliminé par Novak Djokovic, en trois petits sets (7-5, 6-3, 7-6). C'est donc le serbe qui tentera de contenir l'ouragan baptisé Jo-Wilfried Tsonga pour sa première finale en Grand Chelem. Le public et les médias australiens, eux, en ont déjà fait leur nouvelle coqueluche. Il faut dire que l'Open de Melbourne s'est forgé une solide réputation d'usine à chouchous, révélant par le passé Fernando Gonzalez, Marcos Baghdatis, etc. ! Mais cette fois-ci, c'est « pire » : le principal quotidien national, The Australian, comme ses confrères, consacre des colonnes entières à « l'homme qui a ravi le cœur des fans de Melbourne », le « million dollar baby » de leur tournoi : Jo-Wilfried Tsonga.
Première explication à une telle effervescence, un niveau de performance simplement irrésistible. Facile vainqueur du coriace guerrier ibère Rafael Nadal, les superlatifs pleuvent sur Jo au même rythme que ses coups droits dévastateurs balayent les lignes. La terreur espagnole a été « terrassée », « écoeurée », « humiliée ». « S'il n'avait pas eu le sens de l'humour, il aurait pleuré », s'amuse la presse. Tsunami Tsonga n'a pas battu Nadal, il l'a crucifié, il l'a fait voler en éclats. Durant les 117 inoubliables minutes de ce match, le public n'a eu d'yeux et de cœur que pour lui, qui accomplissait une performance époustouflante. D'un uppercut, le Mohammed Ali du tennis a tétanisé l'adversaire et électrisé les autochtones : « il ressemble à Ali, bouge comme Jordan, a la grâce et l'aisance de Els (un fameux golfeur) », assène le Daily Telegraph. Quand il claque la balle, on se croirait dans un jeu vidéo - en accéléré ! Jim Courier a prédit que le missile était en route vers les cîmes de l'ATP, et The Australian avance une comparaison avec... Pistol Pete - éloquent surnom de Pete Sampras, peut-être le plus impressionnant numéro un mondial de l'histoire du tennis.
A une différence près : Sampras intériorisait toutes ses émotions, Jo-Wilfried Tsonga les partage volontiers. Et c'est sans doute ce qui suscite l'adulation inconditionnelle des Australiens pour cette - pourtant - énième révélation. Outre la personnalité de Jo, qu'est-ce qui a pu lui valoir une standing ovation dès la fin de son premier set contre Nadal ? Tsonga s'offre sans compter sur le court, jeu et âme. Pour preuve, au terme de sa victoire contre Nadal, hébété et chancelant, il était plus incrédule encore que le public. Toujours décontracté et généreux, gavé d'adrénaline, il ne cherche jamais à se contenir. Tsonga est animé d'une authentique flamme. C'est, de toute évidence, ce qui passionne son public : chez Jo comme chez aucun autre, le jeune homme sympa domine la machine de guerre tennistique. Une alchimie parfaite, « enivrante », de l'aveu des observateurs.
Du coup, plus peut-être encore que les Français, les Australiens se passionnent pour la vie du joueur. Pour qui il est ou redevient lorsqu'il quitte le court. Et de s'intéresser à son père Didier, ancien international de handball congolais. Au cocon familial dans la région du Mans. Aux parties de pêche entre amis. Aux moments de détente avec sa sœur Sacha et son frère Enzo, basketteur prometteur.
Sa trajectoire personnelle fascine : ses problèmes de santé tenaces (hernie discale, notamment), le docteur qui, au plus fort de son combat, lui avait laissé entendre qu'il ne pourrait peut-être jamais rejouer. Mais ce qui ne l'a pas tué l'a rendu plus fort : dans ce destin contrarié, Jo-Wilfried Tsonga a puisé une force mentale hors norme. Et l'énergie d'une success story hors norme...
Rendez-vous avec Jo-Wilfried Tsonga dimanche, à 20h50, sur France 3.
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