Après une année 2009 qui a vu simultanément son retrait de la vie médiatique (un ermitage nécessaire pour la rédaction de ses mémoires), et la déferlante des témoignages peu amènes à son endroit, émis aussi bien par son ancienne meilleure amie Clara Rojas que par d'anciens compagnons de captivité très remontés ou encore concernant l'impact possiblement désastreux de sa vision de la Colombie, Ingrid Betancourt reviendra sur le devant de la scène dès début 2010... bon gré, mal gré.
Car c'est désormais au tour de son futur ex-époux, Juan Carlos Lecompte, de garnir l'actualité et les rayonnages des librairies : marié depuis 1997 à l'ex-sénatrice colombienne, rencontrée en 1994, l'homme s'apprête à livrer un tout autre témoignage que le cri du coeur qu'il avait publié en 2006, Au nom d'Ingrid (il était alors, depuis 2003, engagé de tout son être dans la campagne de libération de sa femme). Un revirement suscité par l'attitude d'Ingrid Betancourt à son égard : l'attitude très détachée de l'ex-otage des FARC, lors de sa libération en juillet 2008, envers son conjoint, n'avait d'ailleurs échappé à personne. C'est sans un mot pour lui qu'elle avait fait son retour à Paris, sans lui encore qu'elle avait effectué un aller-retour en Colombie pour en revenir avec un guerillero repenti, il était étrangement absent de sa gratitude quasi universelle par ailleurs (rejaillissant même sur des acteurs moins valeureux de sa délivrance), et il n'avait pas tardé à souffrir intimement, autant du manque de reconnaissance que du manque... d'affection. Avant, résigné et trahi une ultime fois par le biais de la demande de divorce déposée par Ingrid Betancourt, de s'éclipser du terrain médiatique.
Pour mieux y revenir, donc, avec l'ouvrage Ingrid et moi - Une liberté douce-amère, à paraître le 21 janvier 2010 aux éditions Alphée - Jean-Paul Bertrand. Si son titre est éloquent, sa quatrième de couverture l'est tout autant :
"Quand elle est descendue de l'avion, elle m'a juste tapoté la joue et dit "Quoi de neuf, Juanqui ?" J'avais tout imaginé, mais pas ça..." Personne n'a oublié l'accueil tiède qu'Ingrid Betancourt a réservé à Juan Carlos Lecompte, son époux, le jour de sa libération des FARC, en Colombie, le 2 Juillet 2008. Pendant 6 ans, 4 mois et 9 jours, il s'était pourtant dépensé sans compter pour la faire libérer. Dans cet ouvrage, il dévoile ce qu'il a découvert des raisons de cette distance et relate tout ce qu'il a à dire, une fois pour toutes, pour enfin tourner la page. Le jour même de sa libération, captée par le monde entier, Ingrid décide de repartir immédiatement en France, sans son époux. Six mois plus tard, elle demande le divorce. Juan Carlos Lecompte découvre une femme froide et ne reconnaît plus celle qu'il a aimée. Celle qu'il a rencontrée lors d'une balade à cheval fait désormais cavalier seul vers un destin de notabilité. À l'instar de milliers d'anonymes, membres des comités de soutien, Juan Carlos peine à comprendre. "Je sais ce qu'elle a souffert en captivité, mais cela n'empêche pas un minimum de gratitude", résume-t-il. Les proches des otages ont aussi vécu un véritable enfer. Que dire lorsque les retrouvailles ne sont pas au rendez-vous de cet instant tant attendu, vers lequel tous les efforts ont convergé durant plus de 6 ans ? Juan Carlos Lecompte cherche à comprendre ce qui s'est passé. Il consigne, avec dignité et franchise, ses souvenirs d'Ingrid, de leur vie, de leur combat politique. Il dévoile la douleur de l'absence, la déconvenue, les dessous de ces lendemains qui déchantent, et surtout ce qu'il découvre et qu'il ne reconnaît décidément plus chez la femme mais aussi chez la combattante. Pourquoi tant de reconnaissance envers des politiques qui ont si peu fait pour sa libération, et une telle distance envers ceux à qui elle la doit finalement ?
Lorsqu'elle se mettra à son tour "à la page", Ingrid Betancourt réservera-t-elle un petit chapitre à celui qui fut son bien-aimé ?
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