Neuf mois. Une grossesse ? Pas exactement. C'est le temps de la gestation nécessaire pour que naisse une nouvelle Julie Depardieu. Une femme de 36 ans qui s'efforce d'alléger le poids terriblement pesant de l'absence d'un frère aussi génial que torturé, disparu en octobre dernier. Comédienne césarisée et femme pétillante, elle revient dans la comédie originale La Femme Invisible dans laquelle elle incarne une femme qui s'efface littéralement. Ne se sentant pas considérée par ses proches, elle devient invisible par intermittence et doit pour remédier à cela, s'affranchir d'une famille brillante et étouffante. Oser, devenir subversive, s'affirmer : c'est le challenge que son personnage doit relever.
C'est avec ce pitch amusant et profond qui rappelle sa vie privée, que l'adorable Julie se confie dans les pages de Gala. Attendrissante, elle s'épanche sur sa vie passée, son frère, la mort et son cynisme peu évident.
Sur le scénario de ce film qui sort demain (22 juillet 2009), Julie Depardieu est lucide : " On a tous partagé ce sentiment d'être le figurant de service dans un film merdique qui s'appelle sa vie. Évidemment je ne suis pas dupe, je devais sûrement évoquer à la cinéaste [Agathe Teyllier, ndlr] quelqu'un d'un peu écrabouillé par son entourage. Quand tu as des gens qui ont beaucoup de force autour de toi, tu ne vas pas te battre ! Donc tu les laisses exister jusqu'au moment où tu n'en peux plus."
Etouffée par un héritage familial aussi fameux et talentueux qu'imposant, Julie a bien dû se démarquer d'une façon ou d'une autre. Elle raconte ainsi : "A l'école, tous les élèves fantasmaient sur mon nom. J'étais incapable d'en jouer, alors je me mettais dans une boîte d'allumettes. J'avais mon monde à moi, un monde merveilleux que les autres ne pouvaient pas voir. J'ai remarqué ce syndrôme chez ceux qui, comme moi, ont dû exister entourés de gens puissants."
Et parmi ces gens puissants, impossible de passer à côté du regretté Guillaume. Son frère. Son proche. Son ami. Elle raconte : "Je me rends compte que je parle encore de Guillaume au présent. En plus, Michael Jackson a tout réactivé. La seule personne avec qui je l'écoutais, c'était mon frère. Guillaume est mort, Michael Jackson est mort... Voilà qui sonne la fin de mon enfance. C'est con à dire mais c'est le destin. [...] Guillaume me répétait cette fameuse phrase vingt-deux fois par jour "Tout ce qui arrive est nécessaire"."
Ses rapports à la mort, la sienne comme celle de son frère, sonnent comme une déclaration d'amour à la fatalité : "Guillaume avait tout organisé pour se tirer. Il a même écrit une chanson là-dessus . Il savait. Guillaume défiait constamment la mort. En fait, tu as un temps donné : Mozart est mort à 35 ans, Schubert à 31, regardez tout ce qu'ils ont fait. Comme je suis plutôt lente, je mourrai très vieille, très vilaine, très aigrie." (Julie, tu exagères ! NDLR)
Alors qu'on imagine facilement Guillaume comme l'enfant torturé et Julie comme la fille enjouée, c'est exactement l'inverse qui qualifiait les enfants de Gérard et Elisabeth Depardieu : "Il était gai. Comme un gosse. Plus que moi, qui suis un peu cynique. [...] Je me mets en scène de façon naïve, alors que je ne le suis pas".
Derrière cette femme à l'apparence fragile, se cache une femme endurcie par la vie : la perte d'un frère aimé, la gestion d'une notoriété précoce subie, le métier d'actrice, des relations parfois conflictuelles avec le père... Capable de passer de la comédienne guillerette à la femme cynique, Julie étonne et émeut toujours autant.
Touchante et douée : Julie n'est pas une Depardieu pour rien. Et c'est aussi pour tout cela qu'on l'aime !
AJC
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