Le 28 Octobre 2009 Ã 21:32
La polémique des rondes
Face à la polémique du poids des mannequins qui existe depuis des années, certaines revues féminines ont voulu oeuvrer contre les diktats de la mode - bonne conscience et/ou coup de pub - et la décision la plus remarquable serait celle de Brigitte, magazine allemand. Andreas Lebert, le rédacteur en chef de ce magazine féminin, a annoncé utiliser des photos d'amatrices, des femmes comme vous et moi, au lieu de mannequins professionnels, à partir de 2010 sur le papier glacé de sa revue.
Cette annonce a fait grand bruit mais le directeur artistique Karl Lagerfeld, qui vient de présenter sa collection de prêt-à -porter pour Chanel à Paris, a donné son point de vue virulent en une phrase assassine : "Personne ne veut voir des femmes rondes." La polémique est absurde puisque d'après lui, l'univers de la mode est fait de "rêves et d'illusions". Les critiques pleuvent devant l'indélicatesse, voire la violence de ses propos. La controverse a pris une ampleur importante, Cindy Crawford s'est d'ailleurs manifestée, et le créateur s'est donc expliqué sur ces paroles qui ont bouleversé de nombreuses femmes. L'homme de la maison Chanel a alors choisi Closer - c'est d'un chic fou ça d'avoir choisi ce magazine, elle doit être fière la directrice de la redac ! - pour publier une lettre ouverte et la parole est aussi donnée à Baptiste, son jeune protégé et mannequin très prometteur.
Le discours intransigeant du pape de la mode
Pour Karl, "la polémique sur les trop minces est un faux débat [...] Il n'y a même pas 1% d'anorexiques". Il temporise les phrases choc qui ont défrayé la chronique : "D'être ronde est permis, ça peut même être très joli et bien plus séduisant que la minceur extrême." Il s'appuie sur les différences linguistiques ; ronde, oui, grosse, non. D'après la lettre qu'il a adressée au magazine people, il s'insurge non pas contre la rondeur qui peut être très belle mais contre les problèmes d'obésité, notamment aux Etats-Unis où "les dépenses de santé sont aggravées par les maladies provoquées par le surpoids de façon alarmante". Les problèmes de santé liés à l'obésité nourrissent également le discours de Marianne James, mais elle s'adresse aux femmes sans un ton accusateur, loin de là .
Dans les années 60, "personne ne critiquait la minceur, ou n'y voyait un mauvais exemple pour la jeunesse", déclare Karl. Certes, mais entre la jolie Twiggy, icône fashion de l'époque, et la maigreur des mannequins actuels accentuée par leur visage creusé, il y a plus d'un pas. Le discours du styliste germanique se conclut sur la même philosophie qui a motivé ses critiques sur les rondes, à savoir l'illusion que les photos de mode doivent créer : "Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire... ou à montrer."
L'argumentation de Lagerfeld n'est pas toujours très facile à suivre, notamment quand il s'attaque au vin. Il a déclaré dans La Revue du Vin de France qu'il faut "arrêter les chichis" et le "côté sacral excessif" qui entoure la dégustation du vin. Exigeant, ambitieux et talentueux créateur, il ne se montre pas très enclin à considérer l'oenologie comme une discipline aussi passionnante que la mode... Toutefois, il apprécierait dessiner l'étiquette d'un millésime de Château Mouton Rothschild. Toujours aussi complexe le Grand Karl !
Un mannequin défend son monde
Baptiste Giabiconi, la muse de Lagerfeld, propose de son côté un message plus touchant, regrettant l'image négative qui ressort de l'expérience du mannequin Galvin. Baptiste veut redonner ses lettres de noblesse à un milieu dans lequel on peut rester "naturellement et sainement mince". Le jeune homme de 19 ans affirme ne s'être jamais fait vomir, ne pas toucher d'alcool et de n'avoir jamais pris de drogue. Ce "jeune ouvrier anonyme dans une usine aéronautique à Marseille" est devenu numéro 1 des tops et ne veut pas que le monde qui lui a tant offert soit vu que comme un univers de débauche et de mal-être.
La polémique n'est pas près de désenfler, les tenants du "rêve" et ceux de la "vérité" s'affrontent mais n'y a-t-il pas un juste milieu entre ces deux extrêmes ? La vérité ne peut-elle pas faire rêver ? Les apparences ne sont-elles pas dangeureuses parfois ? Toujours est-il que le monde de la mode n'est pas prêt de s'effondrer en raison de photos de vraies jeunes filles... En attendant de voir des femmes rondes arpenter son catwalk, Karl Lagerfeld peut s'aventurer sereinement dans les plus belles expositions, comme celle des soins pour les cheveux Schwarzkopf "We Love Hair" à Düsseldorf le 27 octobre pour les 111 ans de la marque.
SY
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