A devenir Immortel, on n'en reste pas moins homme. Ainsi l'académicien et ancien ministre Maurice Druon s'est-il éteint hier, chez lui à Paris, vers 18 heures, alors qu'il aurait dû fêter ses 91 ans le 23 avril.
La nouvelle a été rendue publique par Hélène Carrère d'Encausse, qui avait pris sa suite au poste de secrétaire perpétuelle de l'Académie française, auquel, désireux de se consacrer à l'écriture, il avait renoncé en 1999 après y avoir été élu en 1985. "Il était la mémoire de l'Académie, il en connaissait les usages et les habitudes", a ajouté celle-ci au portrait édifiant de son homologue, dont la ferveur dévote et pugnace eu égard à la langue française faisait exemple.
Maurice Druon semblait inexpugnablement destiné à revêtir un jour l'habit vert : si on rappelle souvent le berceau familial, bouillant de sens littéraire (neveu de Joseph Kessel, arrière-petit-neveu de Charles Cros...), on remarque également qu'il fit la connaissance, dans ses jeunes années, de Pierre Thureau-Dangin, fils du secrétaire perpétuel de l'Académie, Paul Thureau-Dangin.
Combattant de la Seconde Guerre Mondiale (au sein des cadets de Saumur) après avoir été lauréat du Concours général en 1936 et avoir suivi les cours de l'Ecole libre de sciences politiques de Paris, il rejoint en 1942 l'Angleterre et les Forces Françaises Libres, où il rencontre le général de Gaulle et co-écrit avec Joseph Kessel Le Chant des partisans, identité musicale de l'émission de la BBC Honneur et Patrie et hymne de la Résistance. Druon devient ensuite correspondant de guerre.
Au lendemain de la guerre, il se consacre à sa carrière littéraire et glane dès 1948 le Prix Goncourt pour Les Grandes familles - tryptique romanesque qui devait initialement s'intituler La Fin des Hommes. Issue d'un travail d'atelier, la saga en sept tomes des Rois Maudits, au milieu d'une bibliographie profuse et éclectique (de la dramaturgie à l'essai), lui attire la reconnaissance du grand public, notamment à la faveur de son adaptation au petit écran.
Elu le 8 décembre 1966 à l'Académie française au fauteuil de Georges Duhamel, il cumule immortalité chevaleresque et fonction politique - un activisme concrétisé en 1973 par sa nomination au poste de ministre des Affaires Culturelles de la présidence Pompidou, puis un mandat de député de 1978 à 1981.
Grand-Croix de la Légion d'honneur et Commandeur des Arts et des Lettres, le doyen d'élection de l'Académie (il en était le benjamin à son entrée), qui en était d'une certaine manière un des centres de gravité entre préservation et évolution lente de la langue d'une part, et innovation d'autre part, n'est plus.
G.J.
Faire un lien vers cet article

Cliquez sur un smiley pour l'insérer.