"Je ne suis pas un couturier, je suis un artisan, un fabricant de bonheur". Artisan du bonheur des autres, Yves Saint Laurent, dont les obsèques auront lieu jeudi, n'était pourtant pas maître dans l'art de façonner le sien.
Le monde de la haute couture et la fierté nationale sont encore en émoi, suite au décès, dimanche dernier, du grand couturier. Mais à la lumière de certains témoignages, qui apportent un éclairage intimiste sur Yves Saint Laurent et l'envers du décor, sa disparition semble avoir quelque chose d'une délivrance.
L'édition d'aujourd'hui du magazine Paris-Match consacre d'ailleurs un dossier à cette facette angoissée et auto-destructrice d'Yves Saint Laurent. "J'ai eu le trac toute ma vie, ne cessait-il de dire dans les années 1990, je l'ai encore aujourd'hui".
Mais plus que de trac, c'est d'une véritable angoisse existentielle qu'il s'agissait : écrasé par le poids de ses responsabilités, le couturier n'ignorait pas que cela affectait grandement son existence, spéculant dès 1982 qu'il serait "peut-être, un jour, obligé d'arrêter à cause de cette angoisse qui m'empêche de vivre".
Terrifié, dépressif, il s'abîme à coups d'alcool, de cocaïne, de neuroleptiques, se défonce au point d'écoeurer son compagnon Pierre Bergé, contraint en 1976 — déjà — à s'éloigner de leur domicile commun. Loulou de la Falaise constate cette déchéance auto-provoquée : "Au lieu de vieillir tranquillement, il s'est laissé aller à son vice. Il s'est amoché, avec une fascination pour l'abandon physique. Yves aime faire le clochard. Il a toujours dit qu'il finirait comme une vieille dame sur sa caisse de vin."
Ce n'est pas de cette façon qu'il est parti, mais, comme un signe, victime de l'acharnement du cancer du cerveau dont il souffrait. Comme rongé par ses idées noires...
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