On le sait volontiers agitateur. Mais après s'être ingénié à dépasser Les limites, titre de son premier single, pour nous livrer son Ersatz d'excellente facture, Julien Doré se révèle désormais... "border-line".
Prenez l'esthétique gainsbourgienne du clip des Limites et le sirop de nostalgie de celui des Figures imposées, mixez aussi vigoureusement que le fait vraisemblablement l'hirsute chanteur pour se (dé)coiffer, et vous obtenez... le vidéo-clip des Bords de mer, quatrième single extrait de l'album Ersatz (après First Lady).
Un court-métrage très (trop ?) léché dans lequel l'artiste nous entraîne non pas seulement sur Les Bords de mer mais aussi et avant tout au bord de ses humeurs spleenétiques, fruits noirs d'une histoire d'A qui a fini mal (c'est le cas, en général) :
"J'ai bu la tasse
Assis en terrasse
Quand t'es passée pas toute seule
Je me rince l'oeil
D'une larme d'orgueil
Je paie en liquide
Ma chambre single
A Palavas
Les bords de mer
Me désespèrent
Sans ta tronche
Les bords de mer
Sont des posters
Ou rien ne bronche
(...)
Pour toi tout baigne
Moi dans ma crasse
(...)
Et tu cours avec lui
Comme à Malibu
Un peu au ralenti
A perte de vue
Il est parfois bon, de se noyer
T'es pas chiche
Comme dans Malibu
Bitch"
Lui, il est chiche. Julien Doré, en baigneur tombé au fond de la piscine sans petit pull marine (sans pull du tout, en fait) se noie lascivement dans l'écume de cette litanie atrabilaire qui ne mâche pas ses mots, mais savoure tout de même leur chair ("ta tronche", "bitch"). Marque déposée du Juju.
Au bout du compte et au bord de l'eau, une rancoeur sentimentale et une mélancolie amoureuse bien servies par le noir et blanc de la déprime et de la nostalgie... Même le cliché du cheval sur la plage, et les surprenantes mesures en voix de tête à la fin trouvent leur place dans ces sables émouvants, à peine balayés par le vent d'accords résonnants qui ne sont pas sans évoquer furieusement le cultissime Wicked game de Chris Isaak - une autre mélancolie amoureuse avec voix de tête, rythmique similaire et clip en noir et blanc au bord de la mer, au passage (allez, on vous le propose, pour mémoire et pour le plaisir). Etonnant, non ? En tout cas, pas la plus inavouable des filiations.
Guillaume Joffroy
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