Triste constat que le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) a fait cette semaine : l'observatoire de la diversité dans les médias présidé par Rachid Arhab (actuellement mis en cause dans une polémique quant à sa crédibilité au sein de cette institution) a publié une enquête qui révèle que notre petite lucarne est encore très loin de représenter notre société. Comme l'a titré 20 minutes.fr, d'après le CSA il y a, à la télé, "trop de blancs, de mecs et de CSP + ".
Une France féminine... une télé masculine
L'hexagone compte 51 % de femmes et 49 % d'hommes et pourtant la télévision continue d'être misogyne : dans les programmes des chaînes gratuites (chaînes hertziennes et numériques) hors publicité, les hommes sont en moyenne présents à 65% contre 35% pour les femmes. Une disparité moins importante dans les émissions d'information (37 % de femmes) mais ahurissante dans les programmes sportifs où elles ne sont que... 9% ! Elles sont également peu représentées à la tête d'émissions de divertissement où les hommes sont quasi-omniprésents à hauteur de 74 %. Elles se "rattrapent" néanmoins dans ce genre en étant à 37 % le "personnage secondaire" de ces divertissements : une formule politiquement correcte pour expliquer qu'elles servent dans ce cas de "faire-valoir" (Virginie de Clausade pour Arthur et Victoria Silvstedt pour Christophe Dechavanne par exemple...). Stéréotypé ? Oui. Et encore... cette étude ne met en exergue ni le fossé salarial (qui en l'occurrence doit représenter notre société) ni les tranches horaires attribuées à chaque genre car on remarquerait alors davantage que, étrangement, les femmes sont bien peu présentes en prime time.
Certes, il est toujours possible de se féliciter d'une Estelle Denis qui était parfaite dans 100% Foot sur M6 (jusqu'à son départ), de l'arrivée de Laurence Ferrari sur le trône du JT de 20 heures de TF1 et des performances de Mireille Dumas sur France 3 mais force est de constater que des Benjamin Castaldi, Arthur, Patrick Sébastien, Stéphane Rotenberg ou Nagui sont toujours plus présents à l'antenne.
Télé macho ? Assurément. A quand le girl Power ?
Black Blanc Beur ? A la télé, pas tout à fait...
Une France cosmopolite, black-blanc-beur, c'est beau. Mais le racisme est malheureusement une réalité de notre quotidien... que les médias réfléchissent tel un miroir. A ce titre, l'étude du CSA a fait le constat que notre PAF était rempli de... trop de blancs. Evitons les amalgames ineptes quant à la notion de nationalité française puisqu'il s'agit ici de couleur de peau (ce qui n'a donc rien à voir avec la nationalité). Pour faciliter la lecture de l'étude, le CSA a distingué cinq catégories : blancs, noirs, arabes, asiatiques, autres. Ces critères ont été établis "en tenant compte des traits physiques des personnages apparaissant à l'antenne, mais aussi en s'appuyant sur la consonance de leurs noms ou prénoms ou d'autres indices recueillis dans les commentaires ou par auto-désignation ". Cette précision donnée, il résulte de l'observation générale des programmes, que les blancs sont présents à l'antenne à hauteur de 87 %, 6% de noirs, 3% d'arabes, 1% d'asiatiques et 3% d'autres.
Un constat qui est plus fréquent encore dans le domaine informatif : l'arrivée du (très beau) Harry Roselmack à la tête du JT de TF1 en 2006 avait fait grand bruit. Mais pourquoi ? Parce qu'il est noir et que c'était encore jugé comme exceptionnel. La présence de Rachid Arhab au JT de France 2, était encore considérée comme une avancée sociétale à l'époque... mais Rachid n'y est plus puisqu'il est désormais au CSA et a d'ailleurs présidé ce baromètre de la diversité à la télévision.
A quelques exceptions près, il est clair que nos journaux sont présentés par des personnalités bien pâles : de Claire Chazal (TF1) à Claire Barsacq (M6) en passant par Laurent Bignolas (France 3) ou Laurent Delahousse (France 2).
A noter que la plus forte concentration de "non-blancs" (18%) se situe dans le genre du divertissement : Nagui (France 2), Cyril Hanouna (France 4), Mustapha El Atrassi (depuis la semaine dernière sur NRJ 12), Denis Maréchal (dans Incroyable mais vrai sur TMC) ou encore Elisabeth Tchoungui (France 5) sauvent l'honneur... même si le CSA précise dans son étude que ce taux de 18% est essentiellement dû à la diversité dans le domaine de la musique et non vraiment aux animateurs.
Et dire que la télé est censée être en couleurs !
Chômeurs, ouvriers et retraités... recalés !
Journalistes, chômeurs, avocats, buralistes, assistantes maternelles, hôtesses de caisse, étudiants... il y a de tout dans notre société : d'après l'INSEE, notre pays est constitué de 55% d' "inactifs" (retraités, étudiants, enfants, femmes au foyers, chômeurs...), de 26% de Catégories Socio-Professionnelles dites inférieures (les CSP ici considérées sont les employés et les ouvriers) et de 19% de CSP dites supérieures (cadres et professions intellectuelles supérieures - journalistes y compris -, métiers de l'enseignement, techniciens, agents de maîtrise, commerçants, chefs d'entreprises, certains agriculteurs en fonction de leur exploitation, une partie des professions libérales et autres...). Une minorité de CSP + donc... et pourtant, c'est la catégorie socio-professionnelle la plus représentée à la télévision : 75 % des personnes que nous voyons à la télévision appartiennent à la catégorie socio-professionnelle supérieure !
C'est le genre de la fiction qui tire son épingle du jeu en nous montrant une plus grande diversité dans l'origine sociale avec "seulement " 54 % de CSP+ pour 24% d'inactifs. Les programmes sportifs sont les mauvais élèves avec un taux record de CSP+ représenté : 100% ! En effet, les sportifs surtout professionnels sont classés dans le sous-groupe des professions intermédiaires par l'INSEE, et donc dans le groupe des CSP+ dans cette étude. Nos JT ne sont pas beaucoup mieux placés puisque 92 % des personnes que nous voyons dans nos journaux (journalistes et intervenants dans les reportages) sont également des CSP+. Les CSP dites inférieures (salariés et ouvriers) sont les mieux représentés dans les fictions (20%) et dans les divertissements (10%).
Un PAF visiblement très élitiste...
Comment trouver un juste équilibre ?
Il y a évidemment de quoi s'inquiéter de cet état des lieux sectaire et le CSA fait bien de pointer du doigt ces inégalités qui sont tout à fait non représentatives de notre société. Si le grand public apprécierait certainement de voir davantage de femmes, de non-blancs et de catégories sociales inférieures à la télévision (animateurs, journalistes ou simples intervenants), une problématique reste à l'ordre du jour : celle de la discrimination positive.
Faut-il revoir la série R.I.S. pour qu'Anne-Charlotte Pontabry (connue comme Cachou) devienne l'héroïne et non plus Philippe Caroit ? Faut-il n'interviewer dans les reportages que des retraités et des enfants pour respecter le quota d'inactifs ? Faut-il considérer que Harry Roselmack n'a sa place au JT de TF1 que parce qu'il est noir ? Difficile de faire une réponse simple sans nuance.
En outre, les chaînes de télévision restent des entreprises qui ne prennent évidemment pas en compte que l'aspect social. L'aspect économique et stratégique est un facteur primordial : il faut choisir des personnalités bankable (un Ruquier est davantage bankable qu'une Mireille Dumas par exemple) et en adéquation avec le programme présenté (l'intérêt des femmes pour les émissions romantiques explique que les programmes de dating à l'eau de rose comme L'amour est dans le pré soient présentés par des femmes).
Mais les chaînes peuvent nous surprendre : prendre le contre-pied d'une tendance peut payer et les exemples d'Estelle Denis dans une émission sportive ou d'Harry Roselmack dans un JT (alors que les blancs y sont majoritaires - voire plus haut) sont parlants...
Il est temps que les minorités dites visibles le soient également dans notre petit écran...
AJC
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Raciste ?Il aura fallu attendre l'été 2007 pour que l'Hexagone voit un présentateur de JT de couleur sur la première chaîne nationale. Des animateurs/trices issus des minorités visibles, il n'y a pas tant que ça mais le progrès continue. Être en retard est, au bas mot, l'une des grandes qualités de la France.C'est comme ça, nous sommes toujours en retard sur presque tous les domaines. Elitiste ? Bien sûr que oui, si l'on se rapproche des 7 ou 8 chaînes hertziennes, après il ne faut pas déconner, il y a la TNT pour redresser la barre - n'en déplaise à M.Morandini - Parcimonie, économie, stratégie devraient bientôt remplacer Liberté, Egalité, Fraternité concernant nos médias. Des Asiates, des Orientaux et des Noirs dans la pub ? Et puis quoi encore ! Juste bons pour vanter les mérites de denrées alimentaires sur un ton dit humouristique. Sexiste ? Quand il faut citer une journaliste au physique peu avantageux, on cite très souvent Arlette Chabot. Bon, mais elle occupe tout de même un poste plutôt envié par ses confrères. Tout ça pour dire que même pour les programmes politiques, il aurait fallu suivre le système Berlusconi pour faire plus d'audiences (quoique...) mais le bât blesse, une fille sexy mise en avant dans une émission, une chronique, une série télé pour doper l'audience et l'argent perdus. L'audience, LA priorité de la télévision française.










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