Etrillée (6/1, 6/0 en 53 minutes) par la Russe Dinara Safina en juin dernier lors des Internationaux de France de Roland-Garros, tournoi qui lui avait permis de se révéler au grand public trois années plus tôt, Aravane Rezaï a eu sa revanche.
A Toronto, où sa route a croisé celle de la numéro un mondiale dès le deuxième tour, elle a cette fois-ci eu le dessus : 3/6, 6/2, 6/4. Reste désormais à confirmer ces bonnes dispositions : impossible de ne pas avoir remarqué combien la jeune carrière pro de la tenniswoman de 22 ans fonctionne en dents de scie. On rappellera, à titre d'exemple flagrant, que son parcours épique lors du tournoi d'Istambul en 2007, où elle s'était hissée jusqu'en finale (battue par sa bête noire Elena Dementieva) en sortant deux grosses clientes (les ex-numéros un mondiales Venus Williams et Maria Sharapova), ne connut pas de réelle confirmation par la suite - elle finira d'ailleurs la saison au 90e rang mondial...
Trois ans après s'être fait un nom et avoir engrangé un certain capital sympathie en accédant au troisième tour de Roland-Garros (elle s'était au préalable extraite des qualifications), puis en décrochant un huitième de finale à l'US Open (qui lui permit de boucler la saison à la 49e place mondiale un an après ses débuts sur le circuit pro), la saison 2009 sera-t-elle celle de l'explosion et de la constance ? Entamé à l'extrême limite du top 100, l'exercice en cours a vu la Stéphanoise d'origine iranienne remporter son premier titre à Strasbourg au mois de mai : elle pointe désormais au 39e rang mondial - le meilleur classement de sa carrière.
Une dynamique positive qui correspond peut-être également à un "assainissement" de sa pratique : l'influence de son père, Arsalan Rezaï, qui s'était signalé en étant l'auteur de violences verbales à l'encontre des parents d'une ancienne adversaire d'Aravane sur le circuit junior (il avait d'ailleurs écopé d'une amende de 500 euros), a longtemps été sujet à controverse. Après les premiers succès de 2006, où la jeune joueuse n'hésitait pas à affirmer son ambition de devenir la meilleure joueuse au monde, et où, comme le rappelait récemment le JDD, "on se plaisait à raconter l'histoire de cette fille d'immigrés iraniens, élevée au système D (une mère couturière, un père mécanicien, une camionnette qui sert de salle à manger et de chambre à coucher à travers l'Europe et ses tournois)", Arsalan pilote Aravane, son espoir d'ascension sociale. Un arrivisme qui, combiné à une défiance exacerbée à l'égard des instances officielles (la FFT), conduit à des épisodes peu glorieux : suite à une violent altercation avec le capitaine de Fed Cup, George Goven, en février 2007), la paire Rezaï père & fille est assignée en justice. Verdict : deux ans d'interdiction de compétition pour le père d'Aravane. Une décision de justice sans doute salutaire : Arsalan est contraint de passer le flambeau du coaching à son fils Anouch (ça reste dans la famille), et d'inviter Patrick Mouratouglou (directeur de l'académie éponyme et coach de Marcos Baghdatis) à renforcer le staff familial en qualité de conseiller.
Aravane Rezaï, qui n'hésitait pas par le passé à mettre le feu aux poudres, évoquant ses difficultés financières pour poursuivre sa carrière et l'attitude de la Fédération ("on m'a même dit que tant que mon père m'entraînerait, je n'aurais ni bourse ni wild card (...) A Wimbledon, les sponsors ont refusé de me vendre des chaussures : ils passent par la Fédération", expliquait-elle par exemple en janvier 2007), affiche désormais un autre état d'esprit : "J'ai appris beaucoup de choses, ces dernières années, je suis plus mature et réaliste." Loin des comportements impétueux et des contes médiatiques alimentés par sa trajectoire façon Cosette, une attitude propice à réaliser de vraies grandes choses.
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