Le 25 mai 2009, Renaud Capuçon, chambriste et soliste collectionneur de distinctions depuis ses deux Premier Prix au Conservatoire de Paris, jouait... dans le métro parisien (sur la ligne 6, aux stations Bir-Hakeim et La-Motte-Picquet-Grenelle), toute une journée durant. Au nez et à la barbe de tous, pour ainsi dire, puisqu'il n'avait pas encore auprès du grand public la notoriété visuelle que lui a conféré son joli mariage avec la très médiatique Laurence Ferrari, le 3 juillet 2009 - une union célébrée à nouveau, religieusement, quelques jours plus tard.
Deux jours après avoir mis la maigre recette de quelques euros dans sa poche pour avoir laissé son Panette (un Guarnerius de 1737 ayant appartenu à Isaac Stern et prêté par la banque suisse d'Italie BSI) exhaler exquisément La Mélodie d'Orphée - chef d'oeuvre de Gluck, maître de l'opéra allemand - au milieu de la musique métallique des lieux (passage des rames, brouhaha des tourniquets et escaliers mécaniques...), le violoniste se produisait dans les fastes du Théâtre des Champs-Elysées, devant une salle comble. Pour un cachet sensiblement plus élevé.
C'est en vérité pour Simon Lelouch, fils du cinéaste Claude Lelouch suivant la voie de son paternel et jeune papa lui-même, que Renaud Capuçon, toujours signé chez Virgin Classics (étiquette sous laquelle paraîtra le 12 octobre son interprétation du concerto pour violon de Beethoven) s'est livré à une telle expérience. Simon Lelouch, qui, outre ses fonctions d'assitant-réal', a fait ses armes de réalisateur avec les courts métrages Nous sommes tous des anges (1996) et Scénarios sur la drogue - La Purée (2000), a filmé l'aventure, au coeur du court 7.57 am-pm qu'il présentera du 10 au 14 novembre 2009 au Festival de Sarlat, et au Festival International du film d'Amiens du 13 au 22 novembre. Un film tourné avec un nouveau modèle de caméra (Red).
Une épopée de psychologie comportementale dont l'initiative lui a été inspirée par un précédent de même nature, à Washington, comme nous l'apprend l'épilogue de 7.57 am-pm. "Un jour, j'ai reçu un mail sur cette histoire", s'est remémoré pour nous Simon Lelouch, contacté par téléphone. Fasciné par cette expérience menée par le Washington Post, qui voulait ainsi évaluer les possibilités d'existence et de reconnaissance de l'art hors contexte (entendez : hors d'un contexte favorable à son appréciation), le cinéaste a décidé de s'en emparer. Pour reproduire l'expérience, il a presque naturellement eu envie de faire appel au virtuose Renaud Capuçon : "Ça s'est fait en 10 minutes. Je l'ai contacté, et il a aussitôt accepté. Il en avait déjà entendu parler, et pour cause : Joashua Bell [le virtuose sollicité par le Washington Post, NDLR] est un de ses meilleurs amis".
Pour la petite histoire, Joshua Bell avait glané 32 dollars au bout de 43 minutes passées à jouer incognito, à une heure de pointe (8 heures du matin), de son Stradivarius de 1713 d'une valeur de plus de 3 millions de dollars (vous pouvez retrouver tous les détails, y compris statistiques, sur le site du Washington Post, en cliquant ici). 32 dollars de la part de sept passants, dont 20 d'une seule et même personne - la seule qui l'ait reconnu ! Peu après, le journaliste et chroniqueur humoristique Gene Weingarten publiait ses conclusions : "Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, sommes-nous capables de percevoir la beauté, de nous arrêter pour l'apprécier, de reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?" Une entreprise sociologique qui lui valut, l'année suivante, le prestigieux Prix Pulitzer.
Nous souhaitons évidemment autant de gloire et de... "reconnaissance" à la réalisation de Simon Lelouch, à apprécier dans le contexte de votre choix, en attendant... son premier long métrage. Pour Km 0, dont il pense débuter le tournage à l'automne 2010, le cinéaste nous a révélé qu'il s'était attaché les talents d'Emilie Dequenne, Dominique Pinon, Audrey Dana, Patrick Chesnais...
Guillaume Joffroy
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