La réconciliation des Bettencourt mère et fille survivra-t-elle à une nouvelle secousse judiciaire ? Plus encore : la réconciliation entre Liliane Bettencourt et Françoise Bettencourt-Meyers, dont François-Marie Banier et Patrice de Maistre firent les frais, tous deux évincés de la sphère de l'héritière L'Oréal, était-elle sincère ou n'était-ce qu'un pacte de pacotille ?
La balance penche désormais vers la seconde option, alors que Françoise Bettencourt-Meyers vient à nouveau de saisir la juge des tutelles, toujours persuadée que sa mère milliardaire est la proie facile et fragile d'un entourage de profiteurs !
Tout juste six mois après le subit rabibochage des deux protagonistes d'une querelle familiale qui a viré au scandale d'Etat, les ingrédients sont réunis pour que la guerre sans merci reprennent de plus belle : une requête devant la juge des tutelles, des soupçons de conflit d'intérêts visant le nouveau bras droit, un accord bafoué...
Le boomerang de l'abus d'influence sur vieille dame en état confusionnel...
L'affaire est relancée depuis mardi 7 juin : c'est à cette date que Françoise Bettencourt-Meyers, ralliée par ses enfants Jean-Victor et Nicolas Meyers, a fait parvenir à la juge des tutelles de Courbevoie Stéphanie Kass-Danno par le biais de ses avocats une requête remettant en cause l'exercice du mandat de protection future sur Liliane Bettencourt, à la charge depuis le 20 janvier du gestionnaire et conseiller qui a succédé à Patrice de Maistre, Me Pascal Wilhelm. Ledit mandat de protection future est l'élément-clé qui avait permis la ratification du traité de paix, le 6 décembre 2010, entre les deux parties, et permis la mise en place de Pascal Wilhelm comme nouvel homme de confiance (après la destitution de Patrice de Maistre, impliqué dans le volet politico-financier du dossier), lequel se voyait confier la tâche d'assister ou de représenter sa cliente si son état de santé (physique ou mentale) ne lui permettait d'assurer lucidement ses fonctions à la tête de la holding Thetys, de la Fondation Bettencourt-Schueller ou encore du conseil d'administration du groupe L'Oréal.
En bref, la fille de la milliardaire de 88 ans demeure convaincue que sa mère est en état de faiblesse et se fait exploiter par certains membres de son entourage.
Entre inquiétudes d'une famille "dénigrée", paranoïa et horde de prédateurs...
La requête en question, comme le relate le quotidien Le Monde, détaille des "inquiétudes qui font craindre de nouvelles dérives contraires aux intérêts de Mme Liliane Bettencourt" : "Aujourd'hui, la mise en oeuvre du mandat de protection future n'empêche pas l'intimité de Mme Liliane Bettencourt d'être peu à peu investie par ses conseils, médecins et prestataires ainsi que par leurs familles, laissant à Mme Françoise Bettencourt-Meyers et ses enfants une place non seulement limitée, mais contrôlée et encadrée, le tout s'accompagnant à différentes occasions d'un véritable dénigrement."
Le clan Bettencourt-Meyers se plaint ouvertement d'être volontairement tenu à l'écart, et Françoise, particulièrement, de n'avoir aucun accès direct à sa mère, dont l'emploi du temps est régenté et surchargé par son entourage. Des craintes assorties de quelques touches de paranoïa : "Il ne lui est pas facile [à Mme Françoise Bettencourt-Meyers] d'être vraiment seule dans l'intimité avec sa mère, "l'infirmier" Alain T. feignant seulement de s'éloigner, mais cherchant en réalité à être au courant de tout, orchestrant l'emploi du temps de Mme Liliane Bettencourt, la sélection et la programmation de ses visites (...) Les journées de Mme Liliane Bettencourt sont, sans raison évidente, lourdement chargées et rythmées par une multitude de rendez-vous pris pour elle ; se reconstitue autour de Mme Liliane Bettencourt un cercle qui se prétend affectif, au détriment de la famille dont on contrôle et limite les visites ; tout laisse à penser que l'on prépare Mme Liliane Bettencourt aux visites de sa fille."
Un nouveau bras droit... pas droit dans ses bottes ?
Au-delà de l'aspect présenté comme "affectif" et "sécuritaire", la bataille autour de la gestion des biens (des avoirs colossaux...) de la milliardaire est bien entendu au coeur des enjeux, et, moins d'un an après son arrivée dans la garde rapprochée de la vieille dame en tant que "protecteur aux biens" notamment, Me Pascal Wilhelm se trouve visé par une enquête pour des présomptions de conflit d'intérêts. Et si Françoise Bettencourt-Meyers en a après lui parce qu'il ne s'est pas désisté des neuf informations judiciaires dans lesquelles il s'est porté partie civile dans l'affaire, enfreignant ainsi une des clauses du protocole secret signé en décembre dernier en guise d'armistice (Le Monde remarque toutefois que l'avocat de Françoise, Me Metzner, ne s'est pas non plus retiré...), la requête de la fille Bettencourt vise bien plus l'avocat pour ses manipulations financières.
- Premier point : une "confusion" née du fait que, si Me Pascal Wilhelm n'est "que" mandataire des biens et avocat de la milliardaire, il intervient en réalité dans tous les dossiers de conseils juridiques et contentieux de sa cliente via son cabinet Wilhelm et Associés. Conséquence : "Me Pascal Wilhelm, avocat, perçoit des honoraires de M. Pascal Wilhelm, mandataire, qui viennent s'ajouter aux honoraires par ailleurs facturés en tant que mandataire."
- Deuxième point : Me Pascal Wilhelm a eu l'impudence d'envisager de siéger au conseil d'administration de la Fondation Bettencourt-Schueller (qui pèse 800 millions d'euros) en remplacement de Patrice de Maistre et sur l'invitation de Liliane Bettencourt, comme il l'écrivait à Françoise Bettencourt-Meyers dans un courrier de début avril. Mandat auquel il renoncera finalement face à la désapprobation de la fille.
- Troisième point : la requête de Françoise Bettencourt-Meyers avance que Me Pascal Wilhelm serait devenu également l'exécuteur testamentaire de Liliane Bettencourt, dans le cadre "d'un mandat à effet posthume". Une manoeuvre qui corrobore, pour la fille Bettencourt, une "gestion très entreprenante du patrimoine" de la milliardaire et lui fait soupçonner des conflits d'intérêts. Françoise affirme notamment avoir découvert a posteriori qu'un comité d'investissement avait été créé, dans lequel figureraient deux clients de Me Wilhelm.
Conflits d'intérêts en cascade ? Enquête ouverte spontanément par le bâtonnier de Paris concernant les 143 millions de l'affaire Courbit/LG Industrie !
- Quatrième point, de loin le plus lourd : l'affaire Stéphane Courbit. En décembre dernier, Liliane Bettencourt, alors même qu'un certificat médical constatait son état confusionnel rappelle Le Monde, entrait au capital de la société spécialisée dans les jeux de hasard LG Industrie à hauteur de 143 millions d'euros. Une société appartenant à Stéphane Courbit (ex-Endemol), client de... Me Pascal Wilhelm. Et la transaction est encadrée par la banque de Jean-Marie Messier, client de... Me Pascal Wilhelm, qui créa spécialement pour l'affaire une société intermédiaire à la faveur d'un mandat de droit signée le 13 mai par Liliane Bettencourt. Laquelle, quelques jours plus tard, demandait à sa fille Françoise une rallonge exceptionnelle de 30 millions de dividendes sur 2010 pour budgéter l'opération.Si cette dernière est avérée, les conséquences seraient sans appel pour l'avocat de Lilian Bettencourt, lequel se serait alors rendu coupable de conflit d'intérêts en demandant à sa cliente d'investir 170 millions dans une affaire d'un autre de ses clients, Stéphane Courbit. Sans même attendre d'être saisi par Françoise Bettencourt-Meyers, le bâtonnier de Paris, Me jean castelain, a décidé derechef d'ouvrir une enquête déontologique sur cette transaction, notant que Me Pascal Wilhelm est "un très remarquable confrère" et que si le récit fait dans la presse est exact, "cela pose une vraie question". A qui le dites-vous, Me Castelain...
Dernier aspect relevé par Le Monde, les donations effectuées par Liliane Bettencourt, sans que la juge des tutelles n'en ait été informée, comme le mandat de protection l'exigeait.
Vous en reprendrez bien pour quelques années de pugilat judiciaire ? Les Bettencourt, ces bêtes de cour...
G.J.
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