Si Canal+ excelle avec ses nouvelles fictions très réussies, les chaînes concurrentes s'en donnent aussi à coeur joie. Ainsi, outre les sulfureux Braquo et Pigalle, la nuit de la chaîne cryptée, France 3 proposera dès demain soir une fiction haletante en deux parties dont vous avez déjà découvert la bande-annonce. Samedi et dimanche soirs, vous pourrez en effet découvrir, en prime time, Les héritières : un téléfilm avec Jacques Weber et Amira Casar, notamment. L'histoire, développée en 2x90mn, est haletante et devrait en captiver plus d'un : adaptation de la tragédie de Shakespeare Le Roi Lear, ce téléfilm mêle avec brio des thématiques exploitées avec justesse. Famille, amour, honnêté, luxure, passion, adultère, violence, fourberie, vengeance et trahison sont autant d'éléments qui jalonnent cette quête absurde d'un idéal que certains n'atteindront jamais.
L'amour et le pouvoir. Dans la Corse de la fin de la seconde guerre mondiale, Ottavia Della Rocca (Jacques Weber) mène avec difficulté sa suprématie branlante. Afin d'assurer ses arrières et conserver ses terres, il organise un mariage entre sa fille préférée Vanina (Hélèna Soubeyrand) et son amoureux d'enfance, Barthélémy (Thibault Vinçon), qui n'est autre que le fils du pire rival d'Ottavio, Ange Caponi (Jean Benguigui). Barthélémy est fou amoureux de Vanina, mais la réciproque ne vaut pas. Pourtant, la passion qui anime Barthélémy est si forte et si pure qu'il se résoud à faire l'impensable : pour le bonheur de cette femme enivrée de liberté et de poésie, il la laisse rejoindre celui qu'elle aime vraiment. Un acte de bravoure qui égale aisément ceux que ce soldat a exécutés pendant la guerre. Si Barthélémy accepte d'abandonner sa promise à un autre, le père Ottavio ne l'entend pas de cette oreille : en refusant cette union, sa fille vient de précipiter sa chute. Le père Della Rocca est ravagé par la tristesse de voir sa fille préférée s'éloigner... ce qui accroît davantage la rancoeur de ses deux autres filles, Flavia (Hélène Seuzaret) et Antonia (Amira Casar), qui ont toujours mal vécu ce favoritisme vis-à-vis de Vanina.
L'amour et le pouvoir. Alors qu'Ottavio s'efforce de maintenir une autorité sans sa fille préférée, le clan des Caponi conquiert de plus en plus de terrain sur le fief des Della Rocca. Ange Caponi, arriviste ridicule, se plaît à s'imposer dans le village, même si son fils Barthélémy a, tout comme Vanina, préféré fuir cette mélasse de stratégies malsaines. Si Barthélémy et Vanina vivent leurs péripéties chacun de son côté, la vie les rapprochera à nouveau bien assez tôt, pendant que leurs familles respectives se déchireront.
L'amour et le pouvoir. La famille Della Rocca sera rongée de l'intérieur par la soif démesurée de pouvoir et de vengeance d'Antonia, qui passera, de fille obéissante, épouse aveugle et bonne mère de famille, à femme d'affaires peu scrupuleuse capable des pires bassesses à l'encontre de son propre père. Sa soeur Flavia, épouse modèle mais frustrée de n'avoir pu enfanter, se rebellera à sa façon, troublée par un bel amant qu'elle voit comme son ange gardien... mais qui se révélera davantage en démon dévoré par le désir de vengeance.
Entre pureté des émotions et noirceur de la manipulation, ce drame explore toutes les facettes de l'être humain grâce à des interprétations merveilleusement bien servies par des acteurs hors pair.
Jacques Weber, grande gueule du théâtre, est ainsi époustouflant en patriarche despotique, matérialiste et dédaigneux envers les 2/3 de sa propre géniture. Homme imposant par son charisme, il endosse à la perfection le rôle de cet Ottavio Della Rocca qui est d'une complexité insondable. Amira Casar, qui interprète la plus ambitieuse de ses filles, est tout aussi fabuleuse : son personnage est celui qui évolue le plus, passant de la soumission à l'insubordination sans fioritures. Elle excelle en arriviste perdue dans les failles qu'elle a créées. Le rôle de Flavia, incarnée par Hélène Seuzaret, est tout aussi déroutant : comment cette timide femme aimée par son mari mais traumatisée par sa stérilité se révèle capable de déplacer des montagnes par la force de l'amour ? Hélène est particulièrement convaincante en femme frustrée mais passionnée qui ne demande qu'à être considérée. Le duo touchant formé par Thibault Vinçon en Barthélémy et Héléna Soubeyrand en Vanina est tout aussi dépaysant : ces deux acteurs arrivent à porter à eux deux le lourd fardeau qu'est celui d'incarner la complicité inébranlable, que celle-ci soit amicale ou autre. Jouant avec conviction ces rafraîchissantes émotions propres à leurs personnages, Thibault et Hélèna nous séduisent et amènent la touche de légèreté non futile qui donne de la saveur à ce téléfilm.
Enfin, les seconds couteaux ont également leur rôle à jouer : Daniel Lundh (qui joue l'amant démoniaque de Flavia), Jean-Emmanuel Pagni (qui interprète le mari aimant de Flavia), François Vincentelli (le mari volage d'Antonia et source de ridicule) et Jean Benguigui (Ange Caponi et rival d'Ottavio) s'affirment avec crédibilité dans leurs rôles d'époque, qui leur siéent comme la liberté épouse la pensée des jeunes rebelles.
Majestueux, dépaysant, dérangeant, profond et beau, ce télfilm de France 3 est des plus réussis et la présence de deux valeurs sûres du cinéma comme Jacques Weber (acteur et brillant écrivain) et Amira Casar (actuellement au cinéma) apportent une saveur toute particulière à ce chef d'oeuvre historique. Et pourtant tellement contemporain...
L'amour et le pouvoir, deux amants qui n'ont pas fini de se quereller...
AJC
Faire un lien vers cet article
































Cliquez sur un smiley pour l'insérer.