Cela est très rapidement devenu une habitude : depuis qu'elle a échappé à l'enfer de la captivité impose par les FARC et recouvré sa liberté au mois de juillet 2008, Ingrid Betancourt est accueillie, partout sur la planète, comme le messie de la lutte anti-terrorisme.
Une estime acquise qu'elle honore, partout sur la planète, en associant ses interlocuteurs à son expérience et son action, et les gratifiant de formules dans le style de celle-ci : "Sans vous, je serais probablement encore là-bas", qu'elle a adressée à ses hôtes québécois mercredi.
Il fallait une grande occasion pour que la personnalité franco-colombienne sorte à nouveau de sa retraite médiatique : la dernière fois qu'elle l'avait fait, c'était pour s'exprimer sur le plateau du JT de Laurence Ferrari, un an jour pour jour après le succès de l'opération Jaque qui a permis sa délivrance. L'ancienne sénatrice avait fait profil bas depuis la fin 2008 pour écrire le récit de son expérience, laissant le champ libre à son ancienne amie et compagne d'infortune Clara Rojas, à l'attitude contradictoire, et à son mari, dont elle divorce, qui a lui aussi l'intention de publier un ouvrage.
En attendant cette collection en chantier, Ingrid Betancourt était cette semaine outre-Atlantique. Mercredi, elle a reçu de la part du parlement de la province du Québec la médaille d'honneur, pour avoir "payé le prix d'un engagement et d'une détermination qui est hors du commun. Le monde a besoin de gens comme vous. Le peuple du Québec vous salue, vous honore, et vous remercie de contribuer par votre engagement à améliorer notre monde". Un compliment retourné par l'ex-otage ("Vous avez été les premiers, vous avez été précurseurs dans la défense des otages colombiens"), qui a éclaté en sanglots à de multiples reprises en évoquant le souvenir de ses co-otages, encore aux mains des révolutionnaires colombiens.
L'ancienne candidate à la présidence de l'état sud-américain, après avoir reçu une énième distinction (Le prix du courage au féminin, décerné par Radio-Canada et Reporters sans Frontières), s'est également exprimée devant quelque 300 personnes (chacune ayant payé 250 dollars pour être présente à la soirée), s'adressant directement aux FARC : "Nous avons honte de ce que vous faites et il n'y a aucun endroit sur la planète où des gens devraient en faire souffrir d'autres pour leurs propres intérêts".
Enfin, Ingrid Betancourt s'est vu remettre un CD contenant un message, ou plutôt un SOS, de Florence Casssez, condamnée à 60 ans d'emprisonnement au Mexique pour enlèvement (Cassez, 34 ans, avait été arrêtée en décembre 2005 pour complicité dans des enlèvements commis par son ancien compagnon, Israël Vallarta, et n'a cessé de clamer son innocence). Ingrid Betancourt, n'hésitant pas à avancer que les autorités mexicaines s'étaient "servies d'elle pour montrer qu'elles faisaient quelque chose et avaient des résultats", a appelé de ses voeux un procès équitable : "Je voudrais qu'elle ait la possibilité, avec toutes les preuves qui existent contre elle, et je les ai vues, elles ne sont vraiment pas solides, (...) d'aller devant un juge et de se défendre avec justice, pas avec un procès truqué". C'est plein de bon sens, tout ça...
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