Hier soir, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois n'ont pas pu faire leur performance à Paris !
Les jeunes garçons ont été interdits de chant par la préfecture de l'Oise, département dans lequel se trouve le siège de l'association. L'Etat demande en effet que l'association soit soumise à la législation du travail et que les chanteurs soient rémunérés. Les membres de l'organisation rejettent cette idée, affirmant que les Petits Chanteurs de la Croix de Bois sont une oeuvre éducative, non pas une entreprise de spectacle. Leur tournée prévue dès le 13 mai en province et dans le monde est remise en cause...
Des chanteurs centenaires
La manécanterie, c'est-à-dire la chorale de garçons, des Petits Chanteurs à la Croix de Bois est une institution qui souhaite depuis 1907 et d'après leurs propres dires, contribuer à l'épanouissement des enfants. L'idée est née de deux étudiants en vacances à l'abbaye de Tamié, Paul Berthier et Pierre Martin, qui voulaient créer une structure itinérante sans attachement à une paroisse. Paul Berthier est d'ailleurs le grand-père d'une chanteuse célèbre : France Gall...
Le succès ne tarde pas à venir, la voix pure et cristalline des garçons séduit la France, puis le monde entier et touche bien sûr le Pape. Le film de 1945, La Cage aux Rossignols, permet de vulgariser encore plus l'oeuvre de cette chorale qui se transforme ensuite en une école qui fournit aux enfants une éducation scolaire en pensionnat, de la primaire à la fin du collège.
Aujourd'hui, après plus d'un siècle d'activité, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois font partie du patrimoine musical et les plus grandes stars n'hésitent pas à célébrer leur travail. Pour le centenaire, France 2 leur avait notamment consacré une émission dans laquelle des vedettes chantaient à leurs côtés : Charles Aznavour, Florent Pagny, Mireille Mathieu, Lara Fabian, Bénabar ou encore Louis Chédid. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë constitue un soutien de poids. Ancien chanteur, il avait contribué à ce que les Petits Chanteurs puissent s'installer de nouveau à Paris, à la Fondation Eugène Napoléon (XIIe).
Une reconnaissance publique incontestable... mais la loi est la loi
La chorale revient au goût du jour avec le remake de la Cage aux Rossignols, le fameux et excellent film Les Choristes de Christophe Barratier et donne un nouvel élan à cet art. Lors des obsèques de Jacques Martin le 20 septembre 2007, les petits chanteurs sont là. Cependant, des nuages planent au-dessus de l'organisation. Dès 2001, un dossier met en lumière les irrégularités de fonctionnement de l'association. Le 14 juillet 2007, la manécanterie a chanté La Marseillaise et l'Hymne européen lors du défilé militaire mais cela n'empêche pas l'Etat de s'interroger sur le cadre de l'association, notamment en matière de rémunération.
Lundi 27 avril 2009 est devenue une date noire pour les petits chanteurs. Selon le communiqué sur le site de l'association : "Par décision du 27 avril 2009, le préfet de l'Oise n'a pas renouvelé l'autorisation donnée aux Petits Chanteurs à la Croix de Bois de se produire en concert. Cette décision risque de signifier l'arrêt définitif de l'oeuvre centenaire d'un des choeurs les plus connus au monde. En conséquence, le concert prévu le 29 avril 2009 à 20h45 en l'église Saint- Vincent-de-Paul à Paris 10ème au profit des jeunes en difficulté du Xe arrondissement a dû être annulé en dernière minute."
Une décision décriée par les organisateurs... et par les parents
Pour pouvoir exister, l'association gagne de l'argent grâce aux concerts des adultes, mais pour les enfants, les performances sont gratuites. De plus, comme tout pensionnat, les parents paient pour inscrire leurs enfants dans cette école pas comme les autres. Les dirigeants sont catégoriques : "Sans concert, nous ne pouvons plus vivre. [...] Nous n'avons pas de structure financière solide !" a déclaré au Figaro Alain Babaud, vice-président des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Les parents ont également pris position, eux-mêmes n'attendent aucunement une rémunération pour leurs enfants.
La mission éducative des Petits Chanteurs, l'épanouissement des garçons à travers le chant semble être une évidence pour les parents, les organisateurs mais aussi pour ceux qui les écoutent. Dans l'absolu, l'idée de contrat de travail individuel ne semble pas choquante, quelque soit leur âge, les garçons se produisent, engrangent de l'argent et donc, mérite comme n'importe quel artiste une rémunération.
Sauf que les jeunes garçons ne chantent pas pour la gloire mais pour la beauté de la musique dans le cadre de leur éducation, comme toute activité artistique que ferait un enfant. Intégrer la notion de rémunération brise d'un seul coup cet idéal artistique. Bien qu'ils soient interdits de concert hier soir, les chanteurs ont entonné sur place l'Ave Maria de Schubert, rappelant par leur voix-même, la beauté de leur travail, qu'il soit payé ou pas.
Messieurs les reponsables de toute cette histoire, vous ne pourriez pas vous asseoir et trouver une solution ? Nous en avons bien une : Que l'association change son siège et en trouve un à Paris, puisque monsieur le maire Bertrand Delanoé est un fervent supporter de petits chanteurs !
SY
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