Il y a quelques jours, nous nous réjouissions de la savoir invitée par Manu Katché, et la rencontrions dans les coulisses du nouvel épisode du magazine musical One shot not.
Prototype scandinave de femme enfant, Lisa Ekdahl atteint, avec son huitième album original studio solo, un étonnant âge de raison pop/folk après des années langoureusement passées tout contre la bossa nova et le jazz. Fait d'objets poétiques minimalistes, ciselés avec économie et habillés avec raffinement, Give me that slow knowing smile honore, par un songwriting remarquable, l'admiration précoce que la chanteuse voue depuis le plus jeune âge à Bob Dylan, et flatte, par sa légèreté savante, l'esprit et l'oreille, fenêtre de l'âme des mélomanes.
Dans cet environnement sonore, novateur et inattendu pour la Suédoise de 37 ans (qui sera à l'Olympia le 19 juin prochain), sa voix précieuse, fragile, narquoise, espiègle, exquise, se démarque définitivement de celle à qui on l'a souvent comparée - Astrud Gilberto, fameuse interprète originelle de A girl from Ipanema (avec Joao Gilberto et Stan Getz). Une voix d'enfant extra lucide, enjoleuse et amuseuse. A la fois miel et épices, candeur et espièglerie. Parfois pointue comme un caprice, souvent délicate comme une tendresse. Ethérée et solaire.
On la suit aveuglément sur les neuf sentiers oniriques que sont les neufs pistes de l'album, pour une promenade en apesanteur dans des landes paisibles de questionnements amoureux et de petits moments gracieux. La grâce, oui. "J'ai souhaité créer un album émotionnellement stimulant, sensuel et cinématique. Simple mais mystérieux", résume Lisa Ekdahl à propos de ce fruit à la chair fraîche, souple et fondante.
Le bagage jazz accompagne toujours la jolie diva, mais avec discrétion. Dès le single éponyme Give me that slow knowing smile, qui ouvre l'album, la saveur pop-folk se révèle sur cet héritage jazz : un riff en sifflotement, une descente de tons bluesy assortie d'un demi-swing à la guitare, une descente de batterie lente et sensuelle, comme un sourire qui se dévoile sur les lèvres de l'auditeur. S'ensuit une escapade bucolique ("over the pathless sky, over the pathless land"), une école buissonnière pour adultes sur I don't mind, qui conjugue rythmique, banjo, harmonica, choeurs presque gospel et une jolie sourdine sur les couplets. Plus tard, I'll be around, minimaliste et cotonneux, fera office de douillet oreiller de sérénité et d'optimisme. Entre une ballade piano du pur cru (The world keeps turning) et un détour plus folk au final emballé en duo (When), on se réjouira encore, entre autres, de One life, avec castagnettes et mandoline, chanson câline enveloppée de choeurs oecuméniques. Pour finir sur Beautiful Boy, surprenante ode amoureuse électro-acoustique.
Give me that slow knowing smile (Fais-moi ce lent sourire entendu, complice) : voilà un ordre qu'il n'a pas été difficile de suivre. Il a suffi d'écouter cet album pour sentir une impalpable connivence avec son auteure, et sourire sans même s'en apercevoir.
Guillaume Joffroy
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