Ce n'est un secret pour personne, il existe un "business Besson". Un business qui repose essentiellement sur son personnage, sincère ou non, de défenseur des jeunes des cités, et dont les films surfent sur une recette aussi simple que reproductible à l'infini : un gros bras qui doit protéger une jolie fille en roulant à 300 à l'heure dans un taxi Audi poursuivi par des Ninjas qui sautent partout en faisant tout exploser !
Si l'excellent Mozinor a proposé à sa délirante façon un aperçu du concept des films bessoniens et la bêtise de son propos (voir la vidéo ci-dessus), le cinéaste français, qui vient de fêter ses 50 ans et dont nous sommes revenus sur la carrière, poursuit dans son business des banlieues comme un mort de soif.
En effet, depuis 1998 et la sortie de Taxi dans nos salles, le créneau de Besson, c'est la cité et c'est bankable : Yamakasi, Banlieue 13, Danny the Dog, Hitman, Taken, Le transporteur... Cependant, tout aurait pu aller pour le mieux avec ce nouveau marché dont Luc Besson est l'un des seuls à profiter, si n'est que les choses sont petit à petit en train de s'effriter, voire de se retourner contre lui.
Le premier épisode à avoir mis le feu aux poudres (sans mauvais jeu de mots), s'est passé en octobre 2008, durant le tournage de From Paris with Love, avec John Travolta, qui avait commencé à se tourner à Montfermeil, mais dont Besson avait annulé le tournage et déplacé dans une banlieue moins chaude, après que certains habitants de la cité ont incendié neuf voitures. La raison ? Certains locataires des lieux devaient apparemment être recrutés pour de la figuration et la sécurité du tournage, mais le "deal" se serait mal passé et les incendies en ont été la réponse...
Second épisode, après le refus des salles UGC de distribuer dans leur cinéma Banlieue 13 Ultimatum, sorti en février dernier. Comme nous vous l'annoncions à ce moment-là, Luc Besson s'en alla provoquer le scandale dans la presse, déclarant que le réseau UGC était raciste et ne souhaitait pas accueillir dans ses salles les jeunes de banlieue, cible première des productions EuropaCorp. Drôle d'accusation pour un distributeur qui n'a jamais hésité à diffuser le premier volet - Banlieue 13 -, ainsi que La Haine ou Ma 6-T va crack-er, par exemple, comme nous le rapporte le magazine Marianne. D'autant que les associations de lutte contre les discriminations n'ont pas sourcillé quant à ce choix de programmation, et n'ont pas suivi Besson dans sa pseudo-polémique, sous-entendant qu'il utilisait les jeunes de banlieue et leurs origines pour sortir son film dans le plus grand nombre de salles possibles : "Besson a cherché à faire monter la sauce pour soigner son image de Robin des Bois des banlieues", confie un membre du collectif Kourtrajmé.
Et si Besson continue à déclarer partout que "la banlieue est un trésor", on se demande de quel trésor il parle : du réservoir de talents artistiques et d'envies qui peuvent s'y trouver, ou de son business qui repose sur cette image ghetto (très bankable) et qui, pour le coût, lui rapporte effectivement un vrai trésor ? Tout n'est devenu qu'une question de sincérité, et aujourd'hui, celle de Besson est lourdement écorchée.
D'autant que s'il s'enrichit sur l'esprit banlieue, comme lors du tournage du dernier clip plein de clichés de Kery James, d'autres embrouilles méconnues n'arrangent pas l'image lisse de sauveur des cités qu'il aimerait s'octroyer.
Ainsi, alors que le producteur souhaitait monter un documentaire sur les tristement célèbres émeutes de Villiers-le-Bel - qui avaient suivi la mort de deux jeunes renversés par une voiture de police -, le projet n'a jamais vu le jour malgré un investissement financier, qui, comme nous l'apprend Marianne, s'est étrangement volatilisé...
En effet, pour financer le projet confié à Yassine Balattar (ancien animateur de Génération, passé par Canal+, et aujourd'hui sur France 4), Luc Besson assure avoir donné 150 000 euros au jeune animateur et à ses deux associés. Mais, alors que le film aurait dû être terminé depuis longtemps, l'argent est introuvable, si bien que le producteur exécutif du documentaire, Yap Production, vient d'assigner Belattar et EuropaCorp devant le tribunal de commerce de Paris, pour une ardoise de 40 000 euros. Réponse de Besson, le film existe mais "le montage que m'a montré Yassine il y a trois mois n'était pas bon..."
Autres faits : Luc Besson avait voulu créer il y a deux ans la fondation EuropaCorp pour aider des jeunes de banlieue plein d'idées à se lancer dans le business. Des jeunes qui avaient cru en leur chance et dans la création de leur entreprise, avec un Besson comme parrain. Le soufflé est depuis vite retombé, les habitants des cités vivent toujours avec leurs projets sous les bras, alors que la jeune femme en charge de construire la fondation vient de se faire licencier sans raison apparente. Un retour en arrière justifié par le réalisateur : "EuropaCorp, cotée en Bourse, a perdu la moitié de son argent avec la crise. L'euphorie d'il y a deux ans est retombée". D'accord...
Toujours est-il qu'aujourd'hui, une réelle dichotomie bessonienne est à l'ordre du jour. Est-il bon ou mauvais pour la banlieue ? Lui qui vit très loin de tout ça, à Los Angeles, a tout de même permis un sérieux coup de projecteur sur ces quartiers difficiles, notamment en tournant là-bas et créant une "économie" qui n'y existait pas.
Ou est-il simplement un homme d'affaires comme tant d'autres, qui, à un moment de sa carrière, a senti un marché intéressant et non exploité dans lequel il fallait s'engouffrer ? Le fait de s'enrichir en faisant miroiter des jours meilleurs à leurs habitants (promesses qu'il ne tient pas vraiment) et en proposant en parallèle des films bourrés de clichés négatifs font-ils vraiment de lui le "Robin des Bois des cités" ? Nous ne saurons jamais réellement si ses intentions étaient vraiment bonnes, ou s'il avait en tête de presser le citron au maximum avant de passer ensuite à autre chose. Toujours est-il qu'aujourd'hui, le citron n'a plus vraiment de jus. Alors quel avenir pour le business Besson en banlieue ? Inutile de dire qu'il trouvera la parade. Il la trouve toujours. C'est la force de Besson, mais aussi son plus grand mystère...
Adam Ikx
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