L’une est toujours au top, l’autre a multiplié les mauvaises passes, personnelles et professionnelles. Ils n’ont plus en commun que de fêter, ces jours-ci, leur demi-siècle : Madonna le samedi 16 août (un jour marqué, plus tard, par la disparition d’Elvis Presley, Michael Jackson le 29.
Tous deux nés dans le Midwest industriel (Madonna dans la banlieue de Pontiac, ex-haut lieu de l’industrie automobile US ; Jackson dans l’Indiana où son père travaillait dans une aciérie), ils représentent la volonté d’échapper à un destin tout tracé dans une banlieue ouvrière de province.
Différence essentielle entre les deux personnages, l’une avait un plan de carrière, l’autre est un vrai musicien qui ne comptait que sur son talent, voire son génie.
La Madone a d’emblée choisi la voie de la réussite à tout prix, s’appuyant essentiellement sur ses atouts sexy et sur la provocation facile (en gros, un mélange de lingerie et de crucifix, assez pour faire tousser les ligues de vertu et attirer l’attention). De quoi faire oublier une voix sans réel caractère, des chansons sans réel intérêt. Elle a donc mis le paquet sur tout ce qui détourne l’attention du public et fait qu’on regarde bien plus qu’on écoute : tenues limite bordel, colonies de boys comme aux Folies Bergère, light show éblouissant. Bien sûr, elle est capable de maîtriser une chorégraphie à force de répétitions, bien sûr, elle sait faire appel aux meilleurs stylistes, bien sûr, les musiciens qui l’accompagnent sont tous des pointures. On est au royaume du show archi-léché.
Le jeune Michael s’est lui aussi fait remarquer par des spectacles grandiloquents, voire futuristes à la fin des années 1980 (il lui arrivait même de disparaître de scène, comme par magie, façon téléportage dans Star Trek). Mais lui venait d’une vraie lignée de saltimbanques, black qui plus est, ce qui veut dire que non seulement il lui a fallu bosser d’arrache-pied, mais en plus travailler le business et le public blanc au corps pour réussir le crossover, c’est-à-dire s’adresser avec succès à tous les publics américains. Il avait commencé le travail, avec succès, avec son premier groupe, les Jackson Five, où il chantait en compagnie de ses frères (ABC).
Plus tard, quand il entame une carrière solo (dès 1971), que ce soit avec le moonwalk ou ses pas précurseurs du hip hop, Michael se fait remarquer par des prestations inimitables. Dans les années 1980, à l’époque de Thriller et de sa collaboration avec Quincy Jones, il était devenu une icône intouchable, de la stature d’un Presley ou d’un Sinatra.
Revers de la médaille, la gloire et les milliards lui sont montés au cerveau et il s’est peu à peu transformé en reclus de Neverland, son ranch ménagerie de Californie où il a perdu peu à peu le contact avec la réalité. Derrière les clôtures en rondins se tramaient d’étranges choses, dont on ne saura jamais le fin mot, pour cause de corruption et d’achat de témoins, mais, grosso modo, le jeune Michael, après avoir épousé brièvement Lisa Marie Presley et fait des enfants (Michael Junior I et Paris Katherine Michael) à Debbie Rowe, une infirmière de son entourage (expérience renouvelée en 2002 avec une inconnue par insémination artificielle, et qui donnera naissance à Prince Michael Jackson), semble s’intéresser surtout aux jeunes enfants.
Cela lui vaudra d’être soupçonné de pédophilie en 1993 puis en 2005, mais à chaque fois blanchi. Après ces épisodes très défavorable à sa réputation, Michael va traverser des passes de plus en plus difficiles. Il a des rapports risqués avec la chirurgie esthétique (sa volonté de se blanchir lui coûtera quasiment son nez), passe ses journées en pyjama, sombre dans la toxicomanie (antidépresseurs, anxiolytiques), rencontre de réels problèmes avec sa maison de disques Sony et, à deux doigts de la faillite, doit se séparer de Neverland.
Madonna, elle, est une créature à sang-froid. Elle impressionne par ses spectacles dignes d’une épreuve sportive, et pour lesquelles elle se prépare à grands renforts de coaching. Ce qui a tendance à lui muscler excessivement les bras et les cuisses, mais, de loin, ça ne se voit pas trop. A la différence de Jackson, elle se limite à des scandales acceptables (problèmes avec le Vatican, exhibitionnisme sans conséquence dans ses clips, livres où elle s’expose nue), tout cela ajouté à quelques mariages et divorces, mais dans la mesure du raisonnable pour un people qui se respecte.
Madonna la businesswoman et Jackson l’artiste délirant sont séparés et par la dimension de leur talent et par leur gestion différente de la prise de risque.
Au final, Madonna reste une honorable artiste middle of the road, qui sait satisfaire le grand public et lui faire passer un bon moment.
Jackson, lui, semble perdu pour les années à venir.
Normal. Quand on a commencé par une bluette de type « Pop Corn » avec des bracelets, des chaînes, des crucifix, un décolleté et des bas résille, on peut recycler le modèle Like A Virgin à l’infini. Elle est d'ailleurs très attendue en France pour sa prochaine tournée et ses concerts du Stade de France à partir du 20 septembre prochain.
Jackson, du temps de Off The Wall et Thriller, a tutoyé les étoiles, tel un Miles Davis pop. Après, si on n’assure pas, c’est la chute libre. D'ailleurs, sa dernière tentative de come-back n'est pas très convaincante. En tout cas, on est loin de la grande époque.
Bon anniversaire quand même à tous les deux…
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