Marc Lavoine n'est pas passé loin du blues du businessman, à deux différences près : d'abord parce qu'il ne lui reste rien ("J'ai perdu le sens de l'humour, des affaires"), ensuite parce qu'il est véritablement un artiste. Inconditionnellement. La preuve, après La Semaine Prochaine, avec le second single extrait de l'album Volume 10, paru à la rentrée 2009 (et sur lequel on a pu découvrir son duo avec sa fille Yasmine) : Reviens mon amour.
S'il n'est pas businessman pour un sou, le blues, lui, en revanche, est bien à l'oeuvre dans ce texte poignant, qui joue élégamment du procédé d'énumération qui a déjà animé quelques-uns des tubes du chanteur. C'est une complainte bouleversante alternant des couplets quasiment slammés et un refrain-litanie, dans une atmosphère d'ambient (basse obstinée, nappes de synthés discrètes, violons planants, percussions compressées, vapeurs de guitare acoustique) qui aurait trouvé sa place sur la bande originale de Virgin Suicides composée par Air.
Pour rester dans l'univers de Sofia Coppola, Marc Lavoine évolue dans un univers urbain nocturne où se multiplient les effets de flou, dans un esprit spleenétique très Lost in translation. Un sublime habillage visuel pour la voix ténébreuse et la diction étirée de l'artiste, profonde sur les couplets, sobrement déchirée sur le refrain ("Oh, viens me retrouver, reviens mon amour/Pour dix de retrouvées, je n'ai qu'un amour/Oh, viens me retrouver, reviens mon amour/Pour dix de retrouvées, je n'ai qu'un amour").
Et des moments d'une intensité dramatique bouleversante, tels :
"J'ai perdu la raison, j'ai perdu ma maison
J'ai perdu à tort ou à raison, j'ai perdu mon enfance
Et puis je t'ai perdue, j'ai perdu mon aimé
Il me reste la vie, j'ai perdu à la loterie"
ou encore, référence à la perte de son père en 2007, peu après la naissance de son fils Roman :
"J'ai perdu d'avance, j'ai perdu la guerre
J'ai perdu le sens de l'humour, des affaires
Et puis j'ai perdu la mémoire, j'ai perdu le sourire
Le jour où j'ai perdu mon père, j'ai perdu à la loterie"
Morale de cette histoire qui laisse des traces : quand Marc Lavoine perd, son public y gagne.
Guillaume Joffroy
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