Hier après-midi, sur la section de Holywood Boulevard baptisée "Hollywood Walk of Fame", là où figurent plus de 2 000 étoiles honorant des stars du cinéma et de la musique, les Miracles dont l'ex-leader Smokey Robinson, Pete Moore, Claudette Robinson et Bobby Rogers ont inauguré leur étoile.
Smokey, 69 ans, qui ressemble de plus en plus à Tom Jones, utilise apparemment la même teinture que le chanteur gallois...
L'histoire des Miracles tient du... miracle. En 1959, un certain Berry Gordy décide de lancer une maison de disques à Detroit (Michigan) avec une poignée de dollars et un groupe du nom de Matadors. En honneur à sa ville natale, capitale de l'industrie automobile US, qu'on appelle dans le coin Motor Town, Gordy nomme sa compagnie Motown. Les Matadors, rebaptisé Miracles, ont pour leader Smokey Robinson. Chanteur de rhythm'n'blues, Smokey, fait partie de la catégorie "ténor black avec de la soul", un style notamment illustré par Marvin Gaye (futur poulain de la maison), qui est en fait une variation black du crooner blanc.
L'intuition de Gordy, c'est que si la musique sonne un peu moins noire, elle plaira au public blanc. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, l'intégration est loin d'être achevée (même si Detroit, en plein Midwest, n'a rien à voir avec une ville de l'Alabama ou du Mississippi, où la ségrégation règne toujours). En tout cas, le marché du disque est franchement segmenté, les labels noirs font de la musique pour les Noirs (longtemps, on a appelé ça des "race records") et les labels blanc de la musique pour les Blancs.
De même qu'à Memphis, Sam Phillips, patron de Sun Records et découvreur, entre autres, d'Elvis, Johnny Cash, BB King et Rufus Thomas, va réussir, à un niveau d'abord local, le "crossover", c'est-à-dire la réunion des publics blancs et noirs autour d'artistes noirs (ou blancs), Gordy va jouer cette carte avec son label.
De 1961 à 1971, Motown va placer 110 morceaux dans le Top 10 avec des artistes comme Stevie Wonder, Diana Ross et les Supremes, les Four Tops, et, bien sûr, les Jackson Five.
Associé de Berry Gordy et fer de lance de Motown (on l'appelle le "King de Motown"), Smokey Robinson (dont tout le monde, y compris les Beatles, a repris le "You've Really Got A Hold On Me"), n'est pas étranger à ce succès. Avec son ténor haut perché, des mélodies suaves mais funky, appuyées sur des choeurs et des cuivres bien R'n'B', il invente un style sexy et envoûtant qui va beaucoup aider les teenagers en socquettes blanches à emballer les soirs de bals du Bac.
Depuis, Smokey Robinson a quitté les Miracles, et s'est lancé dans une carrière solo jalonnée de succès. Il avait d'ailleurs eu droit à une étoile à son nom il y a déjà vingt ans.
Berry Gordy, Mary Wilson (une des trois Supremes) et Stevie Wonder étaient présents à la cérémonie sur Hollywood Boulevard. L'année 2009 sera d'ailleurs marquée par le cinquantième anniversaire de la compagnie de disques de Detroit.
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