"Je crois réellement que cet homme est un génie... Quand j'écoute ce qu'il fait, je me dit que c'est l'avenir du son", déclarait dans une interview très officielle Madonna à propos de Mirwais, à qui elle venait de confier son album Music - une collaboration fructueuse, puisque reconduite sur American Life et Confessions on a dance floor.
Près d'une décennie plus tard, l'ex-guitariste du groupe culte Taxi Girl mené par Daniel Darc, Mirwais Ahmadzaï (ou Mirwais Stass, ou Mirwais), est toujours aux avants-postes.
Dès le 8 juin prochain, le grand public pourra s'adonner à un vertige sonore de son cru, avec la parution de l'album Aräbology sous le nom YAS. Sur le site officiel de Mirwais, on peut lire depuis quelques mois le teaser suivant : "YAS est le nouveau projet de Mirwais avec la chanteuse Yasmine Hamdan (connue pour être une des deux figures du duo électro libanais Soapkills, NDLR). Toutes les chansons sont chantées en arabe. Est-ce de la "musique arabe d'avant-garde" ?"
Bien avant, dès 2007, Mirwais explicitait la genèse du projet dans une rare interview accordée au courrier suisse : "En ce moment, je travaille avec Yasmine Hamdan. L'idée, c'est que, aujourd'hui, dans la culture occidentale, on entend parler des Arabes tous les jours - en mauvaise partie, à cause du terrorisme, etc. -, mais on manque de représentations culturelles venant de ces pays, qui pourraient se mélanger à la culture occidentale (...) Je ne veux pas faire de world music, mais une bonne production occidentale avec une authentique identité arabe".
Clairement, l'objectif est atteint, puisque, à l'écoute, Aräbology vibre et résonne comme une apologie arabisante diffusée dans une culture pop réinventée.
Et ce, dès son incipit-titre, une piste de quelques dizaines de secondes initiée par une véritable déflagration sonore parcourue de notes de piano étrangement égrenées et de violons symphoniques qui jouent du quart de ton oriental entre les bidouillages électro. Un préambule idéalement intriguant pour amorcer Get it right, futur premier single à être extrait de l'album. Un son monté sur un beat d'école appuyé par une ligne de basses minimale mais efficace, écrin d'électro-pop-culture qui sied à merveille au timbre envoûtant et à la scansion de Yasmine Hamdan. Un cocktail d'un pouvoir hypnotique novateur, inclassable (et propre à renvoyer la petite industrie de Lady Gaga au fin fond des clubs new-yorkais), qui s'affirme ensuite au long des douze pistes de l'album, à commencer par la bien-nommée Yaspop.
Contraction transgénérationnelle, qui use aussi bien des fulurances synthpop héritées de Kraftwerk que d'un beat et de jeux de distorsions encore plus numériques, et interculturelle, qui place la langue arabe au coeur de l'électro-culture, Aräbology fait naître un nouveau continent musical. L'avenir immédiat de l'électro-pop émerge, en même temps qu'une véritable phonologie. Voire... une idéologie qui sonne bien.
Guillaume Joffroy
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